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UNE LEÇON DE MÉCHANCETÉ

par

Julien FOURET

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Julien écrivit sa Leçon de Méchanceté après avoir lu ma nouvelle Faux Pas. Cependant, la Leçon a été conçue comme un prologue, ou une préquelle, à mon propre texte.

Julien nous y fait rencontrer Guirouk. Il nous propose une amusante explication quant à l'origine des sentiments amoureux de l'aventurier troll pour la jeune elfe Lysandrelle.

La Leçon de Méchanceté s'inscrit également dans la série d'histoires courtes imaginées par Julien, lesquelles histoires constituent chacune une des leçons du grand maître Jons, mage des elfes de la montagne, dispensée à son lamentable élève Feedric.

Il s'agit donc là de la leçon n° 66.

 
     
   
   
 
   
 
 
Texte Intégral
 
   
 
 

Feedric s'introduisit une fois encore dans la chaumière de Jons, le célèbre mage des elfes de la montagne. Il venait suivre sa nouvelle leçon de sorcellerie et c'était loin d'être sa dernière car l'apprentissage des incantations, nécessitant une concentration soutenue, semblait devoir durer éternellement. L'instant présent relevait donc de l'habituelle voie, particulièrement bien balisée, ayant pour nom Routine. Pourtant, une chose au moins s'avérait inhabituelle, étrange, dérangeante : un couteau terriblement aiguisé entamait très sérieusement le cou du pauvre apprenti. Et, tenant le manche de cette arme pour le moins menaçante, un être ignoble se tenait derrière l'elfe et le contraignait à avancer.

« Que fais-tu là, maudit troll ? » hurla le grand Jons en se levant d'un coup.

Comme le sorcier approchait en grondant, le troll resserra son emprise sur la gorge de l'infortuné étudiant.

« Reste où tu es, pitoyable charlatan, ou j'égorge ton élève. Ensuite, je ne manquerai pas de m'occuper de toi. Et crois-moi, je me ferais un plaisir de dévorer ta chair de vieillard, même si elle est un brin racornie ! »

Quelque peu refroidi, Jons s'immobilisa et attendit. Malgré toute sa science, il ne savait que faire. Le monstre était trop près du jeune elfe pour qu'il puisse se permettre de prendre le moindre risque.

« Puisque tu le demandes si gentiment, continua le troll, je vais te dire ce qui m'amène. Je suis venu faire appel au seul talent utile que tu possèdes. C'est vrai qu'il s'agit d'un talent bien dérisoire mais, comme je le dis toujours, faut pas gâcher ! Et donc je veux, j'exige que tu me jètes un sort qui me rendra, moi Guirouk, encore plus laid et plus méchant selon les critères de ta race. »

Jons réfléchit quelques secondes avant d'acquiescer d'un signe de tête. Quel autre choix s'offrait à lui, s'il voulait que son petit Feedric demeure entier ? Alors, le mage s'exécuta, ce qui se traduisit par une transe quelque peu agitée.

Soudain, un bruit métallique résonna. Guirouk avait laissé tomber au sol son arme impressionnante et se ruait hors de la hutte en galopant.

Bouche bée et encore sous le choc, Feedric demeura d'abord sans réaction. Puis vint le temps de la réflexion et, au terme de celle-ci, voyant que son mentor pavoisait, il parvint finalement à prendre la parole.

« Qu'avez-vous fait, maître, pour qu'il parte de la sorte ? L'avez-vous vraiment rendu plus méchant ?

— Mais non, mon petit, fort heureusement, le rassura Jons de sa voix la plus paternelle. Le trouvais-tu donc si sympathique pour penser que je sois capable d'accroître son côté détestable ? Non, en réalité, je l'ai rendu… Tu n'en reviendras jamais ! Je l'ai donc rendu a-mou-reux !

— Amoureux ? »

Feedric n'en revenait pas, en effet. Un troll pouvait-il réellement éprouver des sentiments amoureux ? Si c'était le cas, Jons s'avérait vraiment être un maître parmi les maîtres de son art. Visualisant avec le sourire cet horrible Guirouk courant dans les environs à la recherche du grand amour, Feedric frissonna soudain en se souvenant de la petite elfine qu'il aimait tant ; celle qui, en ce moment même, était prisonnière d'un horrible ogre-tigre mais qu'il espérait délivrer très bientôt à l'aide de ses jeunes pouvoirs magiques.

« Et si, se dit-il avec inquiétude, ce troll enchanté tombait par malheur sur ma chère Lysandrelle ! »

Fin de la leçon de méchanceté.