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FRUITS INTERDITS

par

Nicolas BALLY

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Exercice de continuation de texte : « l'Orangeraie ». Vous pouvez télécharger librement une version PDF de Fruits Interdits dans la Boutique du site.

 
     
   
   
 
   
 
 
Texte Intégral
 
   
 
 
Nul ne devait pénétrer dans l'orangeraie sacrée, ni cueillir les précieux fruits, ni surtout les trancher. La légende disait qu'à l'intérieur de chaque écorce, étroitement blotties, nichaient deux âmes amoureuses. Deux âmes qui s'étaient trouvées, complétées. Et qui espéraient demeurer ainsi, dans la douceur et la béatitude, l'harmonie et la plénitude, jusqu'à la fin des temps.
 
     
 
 
 
©Alain Valet
 
     
 

Sam ne croyait évidemment pas aux légendes.

Mais il savait aussi qu'elles renfermaient chacune une vérité cachée. Les légendes servaient à dicter un comportement en évitant de dévoiler la véritable raison ; les parents utilisaient le Père Noël pour pousser les enfants à être sages, les religieux utilisaient Dieu pour pousser le peuple à se taire. Chaque légende cachait un trésor ou un secret.

Dans le cas de l'orangeraie, il semblait évident que le maître de la légende voulait garder son verger tranquille, et surtout ses fruits. Il ne s'appuyait pas sur la peur mais sur le respect pour l'Amour Éternel, un concept que Sam trouvait usé, mais qui semblait encore faire autorité.

Alors qu'il s'approchait de l'orangeraie sacrée, il se posait encore la question cruciale : était-ce une légende égocentrique ou altruiste ? Les légendes les plus répandues sont égocentriques ; elles assurent la tranquillité ou la prospérité de leurs maîtres. Mais certaines légendes sont altruistes. Sam pensa aux interdits gastronomiques et sexuels destinés à enrayer les épidémies, et à quelques frontières mystiques.

L'orangeraie cachait-elle un arbre de connaissance ? Mieux que les ridicules concepts de Bien et de Mal que dilapidaient les églises, les oranges pouvaient être autant de portes de la conscience, l'écorce protégée suintait peut-être d'un nectar plus cher que l'or.

Sam aperçut enfin l'orée de l'orangeraie. Pas de dragon à cent têtes, pas de titan maudit, pas de serpent philosophe. Le verger semblait abandonné de toute vie animale. Semblable aux classiques images du Paradis Terrestre, il baignait dans une lumière dorée, et son herbe verte aurait rendu jaloux le plus beau des dessins d'enfants. Il ne manquait à la scène que quelques oiseaux gazouillant et une licorne broutant paisiblement.

Mais non. L'orangeraie était désespérément vide.

Sam se dit que le maître de la légende n'avait peur de rien. Ne compter que sur le respect de l'Amour Éternel ne le protégerait plus très longtemps. Il aurait dû céder à la facilité d'inventer un gardien ou un châtiment. « Quiconque foulant le sol de l'orangeraie sera changé en pierre. » ou quelque chose dans ce genre. Et placer deux ou trois statues afin de persuader les hésitants.

Sam se moquait bien de troubler la tranquillité de deux âmes amoureuses. Et il s'étonnait d'être le premier à fouler le sol de l'orangeraie interdite.

A moins qu'il ne fût pas le premier ? Il scruta, autour des arbres, cherchant un cadavre ou deux, quelques traces d'imprudence. Mais toujours rien.

Il faut bien que quelqu'un soit le premier.

Ou alors... Et s'il n'y avait eu qu'un coffre au trésor enterré là ? Un coffre découvert il y a bien longtemps, et sur lequel le trou rebouché n'était plus même visible, la légende étant devenue inutile sans que personne ne le sache ?

Et si le maître de la légende l'avait abandonnée ? La laissant passer de bouches en oreilles comme les dieux laissent courir le vent après qu'il ait chassé les nuages ?

Il y avait bien trop de possibilités pour pouvoir démêler le mystère par la pensée. Il fallait agir.

Sam cueillit une orange, et l'éplucha.

Sa chair semblait normale. Il lécha un peu de jus qui en suintait. Ses yeux s'agrandirent alors. Il la croqua à pleines dents et se changea en pierre.

Le maître de la légende soupira. Non, le respect de l'Amour Éternel n'était décidément plus d'actualité. Il mit alors son texte à jour.

Nul ne devait pénétrer dans l'orangeraie sacrée, ni cueillir les précieux fruits, ni surtout les trancher. La légende disait que quiconque foulant le sol de l'orangeraie serait changé en pierre.

 

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