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LE CANTIQUE DE KERNANN

par

Nathalie DAU

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A savoir
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Ce poème constitue l'ouverture du roman La Somme des Rêves. Il reprend, de manière plus synthétique, ce qui est développé dans le texte Cosmogonie.

 
     
   
   
 
   
 
 
Texte Intégral
 
   
 
 

Un temps pour être seul, un temps pour enfanter,
Un temps pour l’Absolu, un temps pour le spectacle.

Je suis l’estrade et la troupe de bateleurs,
Je suis la foule assemblée pour les contempler,
Je suis la somme des répliques et tous les rêves qu’elles engendrent.
On – je ? – me nomme le Schizophrène.
J’ai tracé mes axes :
La Loi et le Chaos,
La Divergence et la Fusion,
La Puissance et la Faiblesse ;
À ces aunes-là, je puis mesurer toute chose.

Toi qui me contemples de tes yeux miroirs,
T’en souviens-tu ?
Ce sont les dieux qui ont commis
Le premier crime
Et leur front restera terni.
Mais de ce crime, tu es né,
Âme incarnée de force
Dans la geôle d’un corps mortel,
Puis sublimant la chair
Et te bâtissant un palais.
Pourtant, désormais,
Alors que tu tournoies dans ce cycle sans fin,
Tu les pries, eux que j’ai bannis de ce monde !
Eux : l’un ou l’autre des douze dieux.

Je les ai condamnés à l’ombre et à l’occulte,
Aux énigmes, au lien des rituels,
Aux frustrations causées par des servants
Inaptes à exaucer leurs exigences.
Et cependant je connaissais
Tout ce qu’ils allaient accomplir
Afin de cueillir leur revanche
Et composer un nouvel acte du spectacle.

Tu ne sais plus, enfant de parcellaire.
Tu m’entends sans m’entendre
Et me vois sans me voir,
Englué que tu es par leur enseignement
Fait de haine et de préjugés,
D’amputations.

Rares sont ceux qui se souviennent
Car ils prêtent l’oreille à la voix de mes fées.
Leur cœur est un chat bleu bercé par les bras de la Mère
Et leur destin verse les larmes
Dont germera un temps nouveau.

Un temps pour être emprisonné, un temps pour briser les rubans,
Un temps pour errer au-delà, un temps pour ne plus la quitter,
Ô Danafée,
Mon tendre amour.

 

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