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L'amphithéâtre était bondé. Le professeur Morel donnait davantage qu'un cours magistral : une conférence de presse, avec démonstration à la clef. Ses travaux sur la reconnaissance vocale faisaient autorité. On murmurait, dans les couloirs de l'université, qu'il avait mis au point un logiciel universel, ne nécessitant plus, au préalable, l'entrée de longues phrases et de séries de phonèmes — opération que chaque utilisateur potentiel se devait d'exécuter pour nourrir la mémoire de silicone. Il se targuait d'avoir gommé jusqu'aux nuances des accents régionaux. Pour son invention, Québécois, Alsaciens et Marseillais parlaient à l'identique.
Julien, étudiant en Sorbonne, somnola durant la première partie de la conférence. Son attention se réveilla lorsque le professeur Morel, sollicité par une journaliste, aborda la question de l'orthographe.
« ... une notion périmée, mademoiselle, tout comme la dictée ! Ne gaspillons plus le temps de nos enfants, ils ont plus essentiel à étudier ! Grâce à mon logiciel, il suffit d'un ordinateur portable, d'un micro et de quelques clic pour saisir un texte parfait. Exit les secrétaires et leurs fautes de frappe ! D'ailleurs, il est temps de procéder à notre petite démonstration. »
Il tourna son micro vers l'assistance.
« Quelqu'un, pour proposer la phrase de son choix ? »
Julien se leva aussitôt.
« Et l'enfant aime les eaux calmes », énonça fielleusement ce fervent défenseur de la langue française.
« Parfait ! s'exclama le professeur Morel. A présent, je lance le correcteur orthographique... Ah ! légère faute d'accord du verbe, je clique... voilà, c'est impeccable. Un magnifique 20/20, épuré de la moindre faute, comme vous allez pouvoir le constater... »
Et l'écran géant afficha : Elans, faons aiment les zoos calmes.
« Petit problème de contexte ? » susurra Julien, tandis que l'assistance ne parvenait plus à contenir son hilarité.
« Pas du tout ! » rétorqua le professeur, péremptoire. « Simple problème de texte con. »
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