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J'étais l’élu, l’enfant sans père, le fils des dieux, l’ancêtre incarné de nouveau.
Ceci est mon histoire. Laissez-moi vous conter comment je suis devenu roi, l'année de mes sept ans, durant le jour intercalaire, la charnière de l'année. Laissez-moi vous conter comment ma vie a pris son sens, dans l'offrande et le sacrifice. Parce que le monde des vivants côtoie celui des morts, et qu'il faut la magie d'un roi pour que chacun reste à sa place.
Laissez-moi vous montrer la façon de franchir dignement la Porte, pour que votre Grande Année à venir soit prospère et paisible.
Et laissez-le, surtout, me prendre dans ses bras, lui qui est plus qu'un père, et cela pour l'amour de tous. |
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Ecrite pour avoir été
inspirée par l'appel à textes sur les portes proposé
par Oxymore, Bonne Année ! n'a pas été retenue
par Antoine Lencou, qui en trouvait l'argument trop éloigné
de sa thématique. Quelques échanges de mails fort sympathiques plus tard, j'en suis arrivée cependant à
partager avec Antoine ma connaissance des portes de l'année, du
jour charnière, et du rôle symbolique joué par la
porte dans les rites antiques associés par exemple à Janus
et Cardéa (ce pour quoi je figure, sous mon seul prénom,
dans les remerciements rattachés à l'Emblèmes
n°14 - Les Portes).
Bonne Année ! raconte pourtant bien le franchissement d'une porte : celle de l'année, qui est aussi celle qui sépare le monde des vivants de celui des morts.
Fut un temps où les cycles saisonniers gouvernaient la vie des hommes. On connaissait jadis, outre l'année, la Grande Année composée de 100 lunaisons, soit à peu près 7 ans. Lui succéda plus tard la Très Grande Année, qui compte 19 ans et permet de faire coïncider les cycles lunaires et solaires. Mais Bonne Année ! est délibérément placée sous le chiffre 7.
Autrefois, donc, le roi n'était désigné pour régner que le temps d'un cycle. Celui-ci achevé, il lui fallait céder la place. C'est ce que nous racontent les anciens mythes prêtant plusieurs époux à la Grande Déesse. C'est ce que perpétue le Carnaval de février — et l'incendie du char du roi, le dernier jour.
Cependant, alors que le patriarcat s'imposait, les rois n'acceptèrent plus d'être sacrifié ni de céder le pouvoir. On mit en place un système de substituts. L'élu choisi devenait roi, avec tous les honneurs, l'espace d'une journée : le fameux jour intercalaire au terme duquel il était sacrifié, rendant sa place au véritable roi. |