
Certaines interviews étant erronées (propos déformés, mal compris par lejournaliste) ou n'étant plus d'actualité (le temps passe si vite !), vous les trouverez ici annotées par mes soins.
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AOC n° 6 - avril 2007 - reportage sur les ateliers d'écriture PdE |
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Nice-Matin - 5 mars 2008 - reportage sur Femin'arte New |
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Nice-Matin - 25 août 1999
propos recueillis par : Robert Yvon
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R.Y. : Pourquoi avoir quitté Antibes ?
N.D. : Ma famille est antiboise. Nathalie Dau est à la fois mon nom de plume et mon nom de jeune fille. j'ai quitté Antibes pour vivre ma vie de femme.
Raccourci saisissant ! J'ai quitté Antibes pour poursuivre mes études : licence et maîtrise d'Information et Communication au CELSA (Sorbonne - Paris IV), puis j'y suis demeurée car c'est en région parisienne que mon compagnon d'alors et moi-même avons trouvé nos premiers emplois.
R.Y. : Quelle est votre histoire ?
N.D. : En 1991, j'avais publié un premier roman fantastique intitulé Bleu Puzzle. J'avais usé à l'époque de mon nom d'épouse. Mais les hasards cruels qui se portent, trop souvent, à la rencontre de nos existences, ont provoqué dans ma vie, depuis ce temps-là, bien des changements.
R.Y. : Quels souvenirs avez-vous de Bleu Puzzle ?
N.D. : Le livre avait, en son temps, été sélectionné pour le concours du premier roman organisé par la ville de Sablet (Vaucluse).
Un concours qui avait été emporté par Werber pour son roman Les Fourmis. Comme quoi, j'étais en bonne compagnie, mais pas tout à fait à ma place dans cet univers un peu trop orienté littérature générale.
Bernard Werber était l'exception qui confirmait la règle de ce festival de Sablet.
R.Y. : Comment avez-vous évolué ?
N.D. : Je me suis adressée à une maison d'édition spécialisée en Fantasy, et sachant garantir la diffusion de ses auteurs auprès du public amateur du genre. Stéphane Marsan, auteur et éditeur, m'a permis de progresser dans mon écriture. Et je considère comme un honneur de figurer, avec ma dernière nouvelle, dans cette anthologie des nouveaux maîtres de la fantasy française. Un livre baptisé Légendaire.
Que j'étais jeune et naïve, prenant alors pour argent comptant les arguments commerciaux qui m'étaient servis comme à tout un chacun ! Les nouveaux maîtres de la fantasy française, rien que ça ? Pourtant, c'est bien ce qui est écrit sur la couverture de l'anthologie. Avec le recul, j'ai honte, quand même. Et puis cette invention du journaliste : "ma dernière nouvelle"... alors que c'était la toute première ! Et quand je la relis aujourd'hui, je mesure à quel point je me tenais alors tout au bas de la pente, en terme de progrès accomplis !
R.Y. : Quelle est votre ambition ?
N.D. : Continuer à écrire des romans de science-fiction et publier ma trilogie Le Livre de l'Enigme.
Fantasy, monsieur Yvon. Ou alors science-fiction prise dans son sens le plus large, précisons-le soigneusement. Quant au Livre de l'Enigme, ce ne sera finalement pas une trilogie mais une pentalogie.
R.Y. : Que pensez-vous de La Guerre des Etoiles ?
N.D. : C'est excellent, mais il s'agit d'un space opéra. Je préfère le genre Willow. C'est un peu vers ce genre d'écriture que je tends à me diriger.
Oui enfin... même Willow, j'en suis revenue ! Disons que c'était surtout pour aider Robert Yvon à situer les univers de Fantasy, lui qui n'avait que des références cinématographiques (et pas encore le Seigneur des Anneaux version Peter Jackson comme point de repère !)
R.Y. : Qu'en pense votre père antibois ?
N.D. : Il me fait confiance.
Rhaaaa la question qui tue ! Et ma mère, alors ? Tout ça parce que papa était, à l'époque, président de la Commission Administrative, alors forcément, les journalistes régionaux le connaissaient un peu de réputation.
R.Y. : La B.D. ?
N.D. : Pourquoi pas, si je trouve un dessinateur qui s'intéresse à mon écriture.
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Le Papivore - 29 septembre 2000
propos recueillis par : Palmer de la Eldrich (Jean Millemann)
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Au moment de cette interview, Jean était déjà devenu un ami, d’où les clins
d’œil et son allusion à mon fayotage. L'âge indiqué est celui que j'avais à l'époque. Le nombre d'enfants aussi (une petite troisième a rejoint la famille par la suite). J'ai déménagé, quitté la ML Onyre et découvert de nouveaux auteurs qui ont supplanté, dans mon coeur, certains de ceux cités dans l'interview.
Nos chroniqueurs parlent au rédac'chef
: e-ntrevue avec Nathalie Dau
C'est quoi une e-ntrevue ? Une interview
réalisée par internet : les questions sont été
adressées par e-mail, les réponses reviennent par le même
chemin. Pour débuter cette série d'e-ntrevues, c'est Nathalie
Dau qui a été virtuellement convoquée dans le bureau
de Palmer.
P.d.E. : Nathalie Dau,
qui es-tu ?
N.D. : Oups ! Question
délicate. Le sais-je moi-même ? Au-delà de la fiche
d'état civil (34 ans mariée et mère de 2 enfants,
née à Antibes, habitant à Cannes et ayant passé
la majeure partie des années 90 à Paris) et du fait que
j'écris de la fantasy, on va dire que je suis une solitaire avide
d'affection et de relations sociales, une passionnée cultivant
l'équilibre, une éternelle gamine qui a les pieds bien posés
sur la terre ferme, une amoureuse des fées qui ne saurait vivre
sans son ordinateur, son téléphone et internet, une timide
qui adore faire la fête et délirer et qui pourtant ne bois
pas, ne fume pas, ne se drogue qu'au chocolat au lait (désolée
pour les puristes, le noir de chez noir c'est pas assez sucré)
et au café glacé. Tu ajoutes à tout ça, en
vrac et dans le désordre, puisqu'on dit qu'on peut cerner une personne
grâce à ses goûts : le Jeu de Rôle, mes chats,
mes amis, la mythologie comparée, tout ce qui ressemble à
une tarte, une tourte ou un feuilleté, les cornemuses et les tambours,
les jeux vidéos (Gabriel Knight, Baldur's Gate et la série des Might and Magic), les livres de fantasy
(dont Le Dit de la Terre Plate de Tanith Lee, Le Seigneur
des Anneaux de Tolkien, La Tour Interdite de Marion Zimmer
Bradley), la musique qui m'inspire (Loreena McKennitt et les Dead Can
Dance) et la musique qui me stimule (Nirvana ou les Cranberries, par ex),
les traditions galloises (prénoms compris)... Et hors concours,
en première place absolue et définitive : mes deux filles
Kerridwen et Gwendolyn.
P.d.E. : Qu'est-ce qui te pousse à écrire
?
N.D. : La fatalité.
Je n'ai pas choisi, je suis née comme ça. C'est un besoin
vital, comme de boire ou de manger. Faut vivre avec et assumer. Je pratique
depuis l'année de mes huit ans. Et puis c'est encore ce que je
sais faire de mieux. L'écriture est aussi ma façon d'aller
vers les gens, de communiquer, de créer des rencontres et des liens.
De donner le meilleur de moi-même. D'exprimer mon amour pour la
Vie et les autres. Et il est vrai aussi que, lorsque je donne un texte
en lecture, j'ai toujours l'espoir que le lecteur réagira en éprouvant
à son tour de l'amour pour cette part de moi-même qui s'exprime
via l'écriture. Je ne cherche pas l'admiration mais bien la sympathie,
l'affection, une certaine tendresse.
P.d.E. : Que pourrais-tu reprocher à la littérature
de fantasy telle qu'elle est publiée actuellement ?
N.D. : Un manque de soin.
J'entends par là qu'il y a beaucoup de coquilles chez de nombreux
éditeurs, et aussi que les traductions des auteurs étrangers
sont rarement de qualité. Je me souviens d'avoir lu avec effroi,
dans les Lancedragon, la phrase "un visage emprunt d'émotion",
alors qu'il fallait écrire "empreint". Et puis il est
dommage que les petits éditeurs soient si mal diffusés,
si difficiles à trouver. Il m'a fallu découvrir Onyre [Onyre
est une liste de discussion sur internet sur laquelle se retrouve une
bonne part des gens qui font la fantasy en France ; note de PdE] pour
apprendre l'existence d'éditeurs tels que Nestiveqnen, Naturellement
ou La Reine Noire. Il est vrai que je ne lis pas la presse spécialisée,
de type SF mag (enfin si, maintenant que je sais que ça existe,
je m'y mets). Mais la plupart des lecteurs non plus. Ils achètent
en fonction de ce qu'ils trouvent sur les étagères, et souvent
s'approvisionnent dans les Grandes Surfaces, où le choix d'auteur
présents est extrêmement limité, essentiellement aux
plus célèbres des auteurs anglo-saxons. J'ai rencontré
des lecteurs qui, bien qu'adorant ce genre littéraire, s'ébahissaient
en apprenant qu'il existait des auteurs français de fantasy. Même
à la Fnac, plus éclectique, les auteurs et éditeurs
francophones sont peu présents et peu mis en valeur. Et dans les
librairies, à moins qu'elles ne soient spécialisées,
le rayon SF-Fantasy est souvent aussi pauvre que celui de Carrefour ou
de Géant.
P.d.E. : Dans quelle mesure ta vie, telle
que tu l'as vécue jusqu'à maintenant, influence ton œuvre ?
N.D. : Eh bien, j'ai traversé
pas mal d'épreuves douloureuses que j'ai pu surmonter grâce
à l'écriture, qui m'a permis notamment d'analyser, de poétiser
et de sublimer mes expériences diverses. Il est évident
que les thèmes récurrents de mes histoires, par exemple
la confrontation au rejet, ou encore le lien mère-enfant, sont
directement issus de ce que j'ai vécu. De mes souffrances, de mes
attentes, de ma perception des choses. De mes souvenirs heureux, aussi.
Mais de toutes façons, je crois que c'est plus ou moins la même
chose pour tout le monde. On écrit ce que l'on a en soi, au niveau
conscient ou non, mais cela vient toujours de soi, et donc de ce que la
vie a fait de la personne qui écrit.
P.d.E. : Quels sont tes projets littéraires
?
N.D. : J'ai une grande Geste en plusieurs volumes, qui est ma pièce maîtresse, mais qui
n'est pas encore achevée car comme elle me tient particulièrement
à cœur, je ne veux livrer au public que quelque chose que
je jugerai enfin impeccable. Sinon, j'essaie de participer aux anthologies
qui sont prévues par les divers éditeurs, chaque fois que
le thème m'inspire. J'ai aussi des textes que j'écris en
commun avec quelques auteurs dont je me sens proche (n'est-ce pas, Jean?).
Et puis je voudrais réaliser mon site internet, avec dessus plusieurs
textes inédits, mais pour cela j'attends que les informaticiens
de mon entourage jouissent de quelques disponibilités. Enfin, j'envisage
de reprendre et retravailler mon premier roman, déjà de
fantasy, qui avait été publié par un éditeur
généraliste et à diffusion régionale. Comme
c'est vraiment une œuvre de jeunesse, je sais devoir y apporter plusieurs
corrections avant de pouvoir le publier de nouveau, mais cette fois chez
un éditeur spécialisé et à diffusion nationale.
PdE : Comment en es-tu venue à
publier ?
N.D. : Mon premier roman était
une commande, car je connaissais l'éditeur, qui aimait bien ce
que j'écrivais (je travaillais déjà, à l'époque,
sur ma Geste). Plus tard, j'ai envoyé en lecture une version
du premier volume de ma Geste, et Marion Mazauric, alors chez
J'ai Lu, a remarqué mon travail. Il fallait retravailler ce texte,
surtout au niveau de la construction, et elle m'a conseillé de
trouver un éditeur plus disponible qu'elle, et qui soit capable
de m'indiquer dans quel sens exact je devais m'améliorer. Des amis
rôlistes m'ont présentée à Stéphane
Marsan, et nous avons très vite sympathisé. Il aimait ce
que j'écrivais, il a su m'expliquer concrètement ce qui
n'allait pas, et grâce à lui j'ai énormément
progressé. Je sais exactement tout ce que je lui dois. Il m'a notamment
permis d'acquérir plus de confiance en moi, en ce que l'on pourrait
nommer mon "talent" (mot employé sans prétention
aucune). Nous ne sommes pas toujours d'accord sur des points de détail,
mais c'est vraiment anecdotique. C'est également Stéphane
qui m'a montré le chemin d'Onyre, où j'ai rencontré
des personnes fascinantes, adorables et qui m'ont à leur tour énormément
apporté d'un point de vue humain tant que professionnel. (oui,
Jean, tu fais partie de ces personnes fascinantes, adorables etc).
P.d.E. : Quels sont les reproches que l'on
adresse à ton écriture, et les sens-tu justifiés
?
N.D. : J'ai tendance à
être un peu trop elliptique, donc je me corrige afin que le lecteur
puisse me comprendre plus facilement. Je suis plutôt littéraire,
aussi, avec des passages lyriques, des "tableaux", de la poésie
en prose dans certaines scènes d'exposition, ce qui déplaît
à toute une catégorie de lecteurs et enthousiasme une autre
catégorie. Certains me reprochent aussi, parfois, d'être
exhibitionniste, car il est vrai que je mets beaucoup de moi-même
dans mes textes. Mais ce n'est pas par exhibitionnisme. C'est simplement
que j'écris avec ma tête, mon cœur et mon ventre, que
j'y projette mes émotions et que j'y aborde les choses qui me touchent
particulièrement. Le même texte va susciter toute une gamme
de sentiments chez les différents lecteurs qui se pencheront dessus.
Certains s'en sentiront proches, aimeront, d'autres éprouveront
peut-être une sensation de malaise, mais je ne maîtrise pas
le vécu de mes lecteurs et ne suis pas responsable de la façon
dont ils perçoivent mes textes. De toutes façons, je suis
bien consciente du fait qu'on ne peut pas plaire à tout le monde.
Ni tout le temps à la même personne. Tout cela est tellement
subjectif, en fait !
P.d.E. : Tu viens de rejoindre l'équipe
des rédacteurs du Papivore. Pourquoi ?
N.D. : Parce que tu me l'as
demandé, Jean (sourire) et parce que cela a l'air intéressant,
et puis c'est une façon d'avoir de la lecture sans grever mon budget...
Malheureusement, le Papivore s'est arrêté peu après mon arrivée et n'a même pas eu le temps de publier les deux chroniques que j'avais rédigées (une sur A Vos Souhaits de Fabrice Colin, et l'autre sur les trois premiers tomes de Harry Potter de J.K. Rowling).
P.d.E. : Quels sont tes auteurs favoris
?
N.D. : Ce n'est pas vraiment
une question d'auteur, mais de sujet. J'adore la Fantasy, surtout quand
elle est héroïque, épique, et qu'elle me montre des
fées et de la magie. C'est comme pour les Westerns : je n'aime
que ceux où les indiens gagnent à la fin, où l'on
montre leur mode de vie etc. Et puis j'aime bien la dark fantasy, aussi.
Celle qui reprend les mythes et les éléments du folklore.
Maintenant, si tu veux des noms, je citerai de nouveau Tolkien, Tanith
Lee et Marion Zimmer Bradley (voir question 1), et puis j'ajouterai le Faërie de Raymond Feist (superbement traduit, je tiens à
le signaler), Ursula Le Guinn, quelques Ann McCaffrey et quelques Ann
Rice, Fritz Leiber, certains Zelazny, le Lyonnesse de Jack Vance,
des petits bouts de Moorcock... Eh oui, j'étais une de ces lectrice
de Fantasy qui s'approvisionnait à Carrefour ! Sinon, j'ai peu
lu les auteurs français, à part Gaborit et Grimbert, que
j'ai vraiment bien aimés. Les autres, je les connais essentiellement
via leurs nouvelles en antho, mais j'avoue que mes prochains achats leur
seront consacrés (notamment un certain Fumeterre). Il y a aussi
des écrivains que j'ai appris à connaître personnellement,
dont j'ai lu des morceaux de manuscrits, et je vais guetter par exemple
tous les Fabrice Colin qui finissent bien, les textes de Léa Silhol,
d'Eric Boisseau, le roman de Martine Loncan, et tout ce que Raphaël
Granier de Cassagnac pourra produire dans la veine de Crispin.
En fait, j'ai des goûts variés mais avec une constante :
lyrisme, espoir, féerie, émotion, suspense, alternance d'aventure
et de poésie. J'aime fermer un roman de fantasy en ayant des étoiles
plein les yeux et le cœur réjoui. J'aime rêver aux personnages
et prolonger leurs aventures dans mon imaginaire. Donc ne me tuez pas
le héros, pas même à la dernière page. Sinon
j'irai me consoler avec Lancedragon ou les Royaumes Oubliés,
na !
Depuis, j'ai comblé mes lacunes en matière de fantasy francophone, et puis des petits nouveaux vraiment talentueux ont publié de merveilleux romans ! Quelques joyaux parmi mes récentes lectures : Le Chemin des Fées de Fabrice Anfosso, la trilogie de Charlotte Bousquet, celle de Jérôme Noirez, Car je suis Légion de Xavier Mauméjean ou encore Les Compagnons d'HeLa de Manou Chintesco.
P.d.E. : Qu'est-ce que tu veux faire quand
tu seras plus grande ?
N.D. : Plus grande ? Pourquoi
? 1m63 ça ne te suffit pas ?
J'avais sûrement mangé un clown, ce jour-là ! En plus, avec l'âge, je me tasse...
P.d.E. : As-tu envie de grandir ?
N.D. : Quand je n'arrive pas
à attraper un bocal de confiture en haut de l'armoire, oui, je
ne cracherais pas sur quelques centimètres supplémentaires.
Mais on pourrait résoudre le problème de façon plus
amusante, aussi. J'aimerais bien être capable de léviter,
tiens ! Ou alors qu'il me pousse dans le dos une paire d'ailes de fée...
L'e-ntrevue s'est conclue sans mort d'homme. Nathalie a suffisamment
fayoté pour ne pas risquer de se trouver sur la liste noire du
rédac'chef. Bref, tout est pour le mieux.
oOo
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Phénixweb - novembre 2003
propos recueillis par : Bruno Peeters
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Entretien réalisé par mail avec
Bruno Peeters en novembre 2003, à l’occasion de la parution
de l’anthologie l’Esprit des Bardes.
B.P. : Tu
as aimé la lecture toute petite déjà, tu le rappelles
joliment : "L’on racontait de moi que si l’on m’appelait
en vain, il suffisait de rechercher un livre et de le secouer un peu pour
me faire reparaître, éberluée par mon retour sur Terre."
Tu vivais dans une ambiance familiale littéraire ?
N.D. : Il y a toujours eu beaucoup de livres, autour de moi, lorsque j’étais
enfant, aussi bien dans la famille de ma mère que de mon père.
Du côté maternel, il s’agissait surtout de livres d’histoire,
de dictionnaires, d’encyclopédies sur l’art et les
civilisations. Mon grand-père (né en 1902), comme de nombreuses
personnes de sa génération, avait aussi chroniqué
avec un certain lyrisme ce que les deux grandes guerres lui avaient laissé
comme impressions, mais ces textes sont demeurés à usage
familial et n’ont jamais fait l’objet d’une publication.
En revanche, mon arrière-grand-père paternel était,
lui, un artiste authentique. Né dans la République de Saint
Marin, il avait émigré en France dans les années
20 et, tout en s’appliquant à acquérir la langue de
Molière, il écrivait des poèmes en italien, publiés
dans la revue Farfalle. Sa seconde fille, ma grand-mère,
celle qui me racontait tant de merveilleuses histoires, adorait lire et
se montrait très éclectique dans ses choix, avec une préférence
pour les auteurs classiques (Hugo, Zola…). J’ai le sentiment
que les livres ont permis, à cette partie de ma famille, de réussir
son "intégration dans le pays d’accueil". De plus,
mes parents se montrèrent tous deux des élèves studieux,
lisant énormément. Lorsque je suis entrée dans leur
vie, ils étaient encore très jeunes et n’avaient pas
remisé au grenier leurs collections rouge et or, bibliothèque
verte… je n’ai eu qu’à puiser dedans.
B.P. : Dans ta préface, tu cites la Table
Ronde. Pourtant, et cela m’a frappé, aucun des textes retenus
n’évoque le cycle arthurien. Etait-ce un choix délibéré
d’écarter le Roi Arthur et le mythe du Graal ?
N.D. : Le
premier texte, Histoire de Jora de Jean Millemann, est inspiré
par le Val Sans Retour de la forêt de Brocéliande,
et donc la fée Morgane, mais l’allusion est ténue.
J’avais, en effet, délibérément annoncé
la couleur dans mon appel à textes : les histoires inspirées
par le roi Arthur ne seraient pas majoritaires dans l’anthologie
que je préparais (j’en ai d’ailleurs fort peu reçu).
Pourquoi cette décision ? Parce que trop souvent, pour le grand
public, la mythologie celte se résume aux Chevaliers de la
Table Ronde, qui tiennent le devant du pavé. Or je voulais
"faire découvrir", mettre la lumière sur les mythes
originels et méconnus (alors qu’ils sont tout aussi riches
et passionnants que d’autres).
Le cycle arthurien officiel résulte pour beaucoup
d’une commande effectuée par Henri II Plantagenêt,
roi d’Angleterre, à des d’artistes médiévaux,
afin de concurrencer les Chansons de Geste vantant Charlemagne et ses
preux, dont les rois de France étaient les héritiers. Un
mécénat inspiré par la rivalité politique.
Mais combien savent quil existe une saga primitive, un vieux cycle gallois
consacré à Arthur et qui fournit la matière païenne
que Chrétien de Troyes et ses pareils remodelèrent ensuite
? Et, surtout, combien connaissent les dieux perdus, les héros
oubliés, de nos ancêtres celtes ? Lorsque j’étais
moi-même au collège, époque où les cours d’histoire
se penchaient sur l’Antiquité, j’eus droit à
des heures consacrées aux panthéons égyptiens, grec
et latin, mais c’est par la bande dessinée Astérix que j’ai découvert l’existence de Toutatis et Belenos,
ce qui est quand même un comble dans un pays qui autrefois se nommait
Gaule !
B.P. : A propos des Mythes, tu écris : "D’autres
sont près de disparaître sous l’épais glaçage
du détournement, plaqué par quelques prosélytes."
Pourrais-tu expliciter ton propos ?
N.D. : Bien
des peuples, dont les Celtes, transmettaient leur tradition de façon
orale. Lorsque leurs croyances, leurs mythes ont été figés
dans l’écrit, afin qu’ils traversent l’épreuve
des siècles et nous parviennent, les transcripteurs (souvent des
moines lettrés) commirent des trahisons de diverses natures. Erreurs
de traduction ; perte de compréhension (les mentalités ayant
évolué) provoquant des ajouts ou modifications destinés
à rendre le texte plus cohérent aux yeux du copiste ; nécessité
de modifier le mythe afin de le rendre "politiquement correct",
l’Eglise se montrant fort stricte en ces temps-là. Mais le
pire (pour ceux qui essaient de remonter au mythe originel afin de mieux
comprendre les civilisations qui nous ont précédé)
furent les détournements délibérés qui diabolisèrent
les anciens dieux, ou en firent des saints, uniquement parce que le pouvoir
officiel et très inféodé à Rome ne parvenait
pas à détourner le bon peuple de ses croyances païennes
et des cultes rendus aux sources, aux pierres et aux bosquets. Tout culte
rendu se devait d’être chrétien, quitte à absorber
ce qu’on ne pouvait éradiquer. Je ne critique pas la démarche,
qui avait ses raisons dans le contexte de l’époque, mais
j’en déplore le résultat pour la science, ou plus
exactement pour les sciences humaines. Car si la mythologie comparée
a autorisé certains recoupements, certaines reconstitutions, combien
de mythes anciens, dont nous ne connaissons qu’une unique version
déformée, ne sont plus capables de se révéler
à nous ?
B.P. : Mais venons-en à L’Esprit
des Bardes. Dis-nous comment tu as procédé pour "aller
à la pêche aux auteurs" ? Comment les as-tu élus
?
N.D. : Un
appel à textes diffusé le plus largement possible, auquel
ont répondu de nombreux auteurs. J’ai retenu ceux qui me
paraissaient les plus en adéquation avec ma thématique,
les plus pertinents dans leur propos, et dont les qualités littéraires
valaient le détour. J’avais aussi une vision d’ensemble
de l’anthologie que je voulais bâtir. Je désirais qu’elle
apporte de la connaissance autant que du divertissement, qu’elle
explore la gamme des émotions autant que le thème, fort
vaste, et à partir duquel il y aurait encore bien des histoires
à raconter. Chacun des vingt textes composant L’Esprit
des Bardes possède une valeur intrinsèque, mais j’ai
le sentiment que, au sein de l’anthologie, ils se renforcent et
se complètent, se répondent les uns aux autres. C’est
une harmonie qui s’est révélée peu à
peu, au fil des nouvelles reçues.
B.P. : Le choix fait, que leur as-tu demandé,
exactement ?
N.D. : Pas
grand-chose ! J’ai sélectionné des textes aboutis,
pas des noms ni des projets, et nous avons ensuite travaillé sur
chacune des nouvelles, pour peaufiner quelques détails techniques.
Il n’y a eu aucune réelle demande de réécriture.
Sauf pour un texte, qui m’enthousiasmait, mais dont la conclusion
s’appuyait sur la version "diabolisée" du mythe
inspirateur. Or je souhaitais que les nouvelles raccrochent aux versions
d’origine. Ceci expliqué à l’auteur, j’ai
reçu une nouvelle conclusion qui satisfaisait les deux partis,
et le texte a été publié.
B.P. : En fait, combien de temps s’est-il écoulé
entre l’idée de l’anthologie, et sa publication chez
Nestiveqnen ?
N.D. : En
tant qu’auteur, j’avais publié en juin 2000, dans l’anthologie Royaumes (éditions Fleuve Noir), un texte relevant de
la même thématique que L’Esprit des Bardes.
Je n’ai jamais fait mystère de mon intérêt pour
les mythes en général, et plus particulièrement pour
les mythes celtes. Lors d’un échange de mails, Léa
Silhol, directrice littéraire des éditions de l’Oxymore,
et auteur bien connu, m’avait proposé une éventuelle
direction d’anthologie, dans le cadre des Emblèmes, sur le thème des mythes celtes. Mais ce projet n’avait pas
abouti, peut-être parce qu’à l’époque,
je ne me sentais pas capable de le mener à bien. Près de
deux années s’écoulèrent, pendant lesquelles
j’appris beaucoup. Le thème des mythes celtiques demeurait
inexploité par les différents éditeurs de littératures
de l’Imaginaire. Pourtant, l’idée de L’Esprit
des Bardes grandissait en moi. Je visualisais davantage une anthologie
de nouvelles, très ouverte aux jeunes auteurs d’expression
française, qu’un livre-dossier avec articles de fond analytiques
pour compléter des textes d’époques et origines diverses.
C’est pourquoi, surmontant ma timidité, j’ai proposé
mon idée aux éditions Nestiveqnen. Chrystelle Camus a trouvé
ce projet passionnant, nous nous sommes tout de suite bien accordées.
J’ai lancé l’appel à textes en mars 2002, avec
une date limite fixée au mois de décembre, suffisamment
éloignée pour que les auteurs intéressés aient
le temps de se documenter. En octobre, la date limite a été
repoussée au 31 mars 2003 lorsque nous nous sommes rendu compte
que l’appel à textes venait seulement d’être
relayé par plusieurs supports (presse papier et sites internet).
Le manuscrit définitif a été bouclé très
rapidement et la sortie en librairie est intervenue en juillet 2003. Je
te laisse donc faire les calculs.
B.P. : Comment expliques-tu l’intérêt
de tous tes auteurs pour le monde magique des Celtes ? Et, plus généralement,
la fascination des nouveaux écrivains français pour la Fantasy,
longtemps parent pauvre de l’Imaginaire dans notre pays (par rapport
à la SF) ?
N.D. : Mes
auteurs ? Il faudrait leur poser la question directement, même si
j’ai ma petite idée pour ceux qui sont d’origine bretonne
ou belge (sourire). Pour la seconde partie de la question, je n’ai
aucun élément de réponse : je ne suis le porte-parole
d’aucune communauté ou mouvement d’auteurs, et je n’analyse
pas d’assez près l’ensemble des publications actuelles
pour dégager quelque tendance ou explication que ce soit. Mais
maintenant que tu m’y fais penser… peut-être est-ce
dû à notre environnement ? Un monde très orienté
vers la technologie, dans lequel la recherche évolue à si
grande vitesse que la fiction d’hier devient la réalité
d’aujourd’hui. Les lecteurs sont très exigeants avec
les auteurs de science-fiction : ils veulent du crédible, du postulat
scientifique pointu, ce que tous les auteurs ne maîtrisent pas.
En tant que lecteurs, nous sommes, de plus en plus, des techniciens capables
de débusquer l’invraisemblance et de décrocher d’un
texte à cause de cette invraisemblance. Les ordinateurs, la matrice,
nous vivons tous avec à des degrés divers. Les fusées
? Elles ne savent guère conquérir que des portions d’espace
pour y poser nos satellites de communication. La fin du monde apocalyptique…
nous avons franchi l’an 2000 sans rien recevoir sur la tête,
malgré diverses prédictions. Et notre société,
pluriculturelle, à majorité urbaine et connectée,
confrontée au stress et aux machines, aspire peut-être, tout
simplement, à "se mettre au vert". Or la Magie Verte,
comme le souligne André-François Ruaud dans son anthologie
du même nom, ce sont les fées et les esprits de la nature.
Là où le mystère demeure, car les fées ne
se laissent pas enfermer dans un loft sous l’œil inquisiteur
des caméras. Si l’on ne nous montre pas, alors on peut imaginer.
Et la Fantasy naît de ces sortes de rêves.
B.P. : Petite question personnelle : pas une nouvelle
de toi dans ton recueil : était-ce voulu ?
N.D. : Oui.
Je ne voulais pas m’auto-publier. J’aurais trop manqué
du recul nécessaire. J’ai cependant offert un bonus aux lecteurs,
selon le principe de cette scène supplémentaire que l’on
peut voir, dans certains films, si l’on a la patience de regarder
intégralement le générique de fin. Kernunnos est un poème que j’ai écrit voici longtemps (fin 95
ou début 96). Il figure dans l’anthologie tel un cadeau,
et rien de plus. Je n'ai d'ailleurs demandé aucune rémunération
au titre des droits d'auteurs pour ce poème.
B.P. : Tes filles, "sources de mes plus belles
joies", et que tu remercies in fine, se prénomment
Kerridwen, Gwendolyn et Shannon. Serais-tu devenue celte ? Je pense que
l’aspect "divinisation de la nature" doit très
fort t’interpeller, non ?
N.D. : Je
suis issue du melting-pot européen, avec des ascendances belges,
san marinoises et françaises (pour simplifier). Les Celtes comptent
parmi mes ancêtres, mais les prénoms que portent mes filles
ont été choisis aussi parce que nous les aimions pour leur
phonétique, leur graphie, leur étymologie et leur charge
symbolique.
Ce qui m’interpelle le plus, dans les mythes celtiques,
c’est tout ce qu’ils contiennent de pré-indo-européen
(et qu’on trouve aussi dans les mythes archaïques grecs, ceux
qui datent d’avant l’arrivée des Hellenes). Ce que
je cherche, au fil des mythes, c’est à répondre à
ce qui, pour moi, demeure un mystère passionnant : la naissance
du sentiment religieux. A quel moment exactement l’être humain
a-t-il conçu ou perçu l’existence du divin ? Qu’est-ce
qui lui a inspiré ou révélé cela ? Avons-nous
inventé les dieux, ou existaient-ils avant nous ? A un niveau plus
personnel, ma préoccupation est : "je sais que je crois, mais
je ne connais pas la nature de ce en quoi je crois". De toutes façons,
cela relève davantage de la quête philosophique que du mysticisme
(rire).
B.P. : Un dernier mot : à quand un ouvrage
"totalement" de Nathalie Dau ? As-tu des projets ?
N.D. : Je
suis incapable de fixer une date. Pour tout un tas de raisons, je suis
un auteur qui écrit très lentement. Actuellement, je travaille
en parallèle sur deux projets : Le Livre de l’Enigme,
premier tome de La Geste des Robes Bleues (mon cycle de Fantasy
qui commence à ressembler à l’Arlésienne tant
je l’annonce sans jamais oser le livrer, car je ne cesse de le remanier),
et un recueil de nouvelles toutes signées de ma plume. Je n’ai
pas encore soumis ces manuscrits, je travaille dessus. Mais il y a de
fortes chances que le recueil soit achevé avant le roman !
Une version achevée du Livre de l'Enigme - tome 1 a été soumise aux éditions Nestiveqnen en août 2004. Ce sont les retours de lecture de Chrystelle Camus qui m'ont conduite à remanier mon cycle. Je travaille encore dessus. Pour le recueil de nouvelles, j'ai déposé mon manuscrit entre les mains des éditions CeZaMe au cours de l'année 2006.
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Univers & Chimères n°1 - fin 2003
propos recueillis par : Lucie Chenu
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Entretien avec Lucie
Chenu, réalisé par mail fin 2003 :
« Nathalie Dau écoute
de la musique avant d’écrire, pour mettre en place une atmosphère.
Cela lui permet de rompre avec le monde réel pour mieux partir vers
ses mondes imaginaires. Une fois le transfert réussi, la musique
audible doit laisser place, totalement, à celle des mots. Et au cliquetis
des touches du clavier.
Ceci décrivant les conditions
de travail idéales. Depuis la naissance des enfants, il a fallu s’adapter.
Les rires et les chamailleries, les demandes de gâteaux et de biberons,
les génériques de dessins animés ont banni à
la fois la musique et le silence. Il reste des instants privilégiés,
pendant lesquels la voix de Loreena McKennitt parvient à s’élever.
Dead Can Dance et les Crawnberries, Alan Stivell, Enya et Nirvana ravivent
les souvenirs ou stimulent l’inspiration. Nathalie apprécie
également les grandes musiques de film : Le Seigneur des Anneaux, Dinosaures, Far and Away, Le Dernier des Mohicans, Conan, Willow… Les autres disques, plus orientées
pop rock ou alternative, ou musique de ballet, sont écoutés
selon l’humeur du moment. Par exemple, 2 Unlimited est parfait pour
effectuer sans trop y penser la corvée de repassage !
On peut citer Flamma Flamma,
composé par Nicholas Lens : le plus récent coup de cœur
de Nathalie. Pour la première fois, elle écrivit une nouvelle
directement inspirée par une musique, et plus particulièrement
par l’un des mouvements de ce requiem, comme tous les auteurs qui
participent à ce projet.
Le Violon de la Fée,
lui, n’est pas né d’une musique particulière,
mais d’une histoire familiale. Giani est directement inspiré
par Gianin D’all Olmo, l’arrière-grand-père paternel
de Nathalie. Il était musicien et poète. Son neveu Dante,
récemment décédé, fut bel et bien premier violon
à l’opéra de Nice. Les fées se sont posées
sur des faits authentiques et se sont simplement amusées à
les enjoliver un peu. C’est du moins ce que se diront les esprits
rationnels… »
Cette interview figure parmi les entretiens accordés à Univers & Chimères par les
auteurs publiés dans le premier numéro de ce webzine.
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Présences d'Esprits n°49 - automne 2006
Instants de Bellaing 2006
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photos © Georges Bormand
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Univers & Chimères n°3 - février 2007
propos recueillis par : Lucie Chenu
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Entretien avec Lucie
Chenu, réalisé par mail début 2007 :
L.C. : Qu'est-ce que l'humour, pour toi ?
N.D. : Un art, un exorcisme et parfois un camouflage. Dans tous les cas, l'essentiel reste le rire.
L.C. : Qu'est-ce qui te fait rire ?
N.D. : L'autodérision, les jeux de mots, les farces, les mots d'enfants... et le bonheur.
L.C. : Plus généralement, qu'est-ce qui t'inspire ?
N.D. : En écriture ? Tout ce qui m'atteint aux tripes et tout ce qui me fait rêver, éprouver une émotion.
L.C. : Comment t'est venue l'idée de ta nouvelle ?
N.D. : Une phrase d'Alphonse Daudet dans Tartarin de Tarascon, qui dit à peu près : « Il n'y a pas de menteurs dans le
Midi, le seul menteur c'est le soleil ». Certaines scènes et personnages de la trilogie de Pagnol (Marius, Fanny,
César) : mon Scagasse est inspiré par Escartefigue, mon Monsieur Caluire est un Monsieur Brun exagéré, extrapolé.
Mon narrateur s'appelle Frédéric, en hommage à Frédéric Mistral, et son petit frère s'appelle Paul, comme
le petit frère de Marcel Pagnol (qu'on croise dans La Gloire de mon Père et ses suites).
Et enfin, les légendes sur les fées, supposées se nourrir des rêves des hommes.
Peut-être aussi un plaidoyer en faveur de la sieste, moi qui aurais tant besoin que le rythme du monde s'apaise
un peu ?
L.C. : Quelques mots pour te présenter ? Un lien vers ton site ou ta page perso ?
N.D. : Comment ? Vous ne me connaissez pas encore, chez Univers & Chimères, depuis le temps ? Mais je n'ai pas
changé, je suis toujours la même, avec juste un peu plus de bouteille... et quelques publications supplémentairesà mon actif. Et un prix Merlin tout frais de cette année, pour lequel je remercie encore tous ceux qui ont voté
pour Le Violon de la Fée (un texte qui avait vu le jour ici, dans le premier opus de ce webzine, avant de vivre
sur papier dans la revue Faeries). Bon, ça y est, vous me reconnaissez ? Même si je sors sans carte american
express ?
Un lien ? Je suis généreuse, je vous en offrirai trois :
www.argemmios.com ,
http://argemmios.blogspot.com/ et http://argemmios.forumculture.net/
Cette interview figure parmi les entretiens accordés à Univers & Chimères par les
auteurs publiés dans le troisième numéro de ce webzine.
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AOC n°6 - avril 2007
Les ateliers d'écriture, par Yohan Vasse
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(...) Le week-end des 17 et 18 février, Nathalie Dau (ci-contre, prix Merlin 2006 pour sa nouvelle Le Violon de la fée parue dans la revue Faeries) a animé un atelier sur le thème du conte merveilleux. (...)
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Pontoise Infos n°60 - mai 2007
rédactrice : Clémence Perroy
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Images non clicables, texte reproduit en dessous
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24 heures avec Nathalie Dau, écrivain pontoisien
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Avec ses textes souvent oniriques, Nathalie Dau, auteur résidant à Pontoise, emmène ses lecteurs dans la littérature du "merveilleux".
Passionnée par l'Histoire, les mythes, les contes et le folklore, elle explore et entremêle fantastique et science-fiction au gré de ses récits.
En 2006, pour sa nouvelle "Le Violon de la Fée", Nathalie Dau a reçu le Prix Merlin, qui récompense chaque année une nouvelle et un roman issus de la littérature Fantasy et Fantastique.
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14 h : dans son appartement pontoisien, Nathalie Dau effectue des recherches pour l'une de ses nouvelles : "Je suis hantée par la crainte de l'anachronisme, de l'inexcatitude ou de l'invraisemblance. Je fais toujours énormément de recherches avant d'entreprendre toute rédaction. Il m'arrive souvent de les reprendre en cours d'écriture, pour affiner ou vérifier un point de détail. Mes textes partent du monde réel : de problèmes de société, de faits divers, d'anecdotes familiales. Mais, très vite, j'y introduis des éléments surnaturels merveilleux ou horribles. Pour ces éléments surnaturels, je m'appuie sur la mythologie et le folklore."
Bien qu'elle écrive depuis l'âge de 7 ans, Nathalie Dau s'est essayée à différents genres littéraires avant de trouver le sien. "A 7 ans, je m'amusais à rédiger des histoires pour enfants. A 8 ans, j'écrivais mes premiers poèmes. J'avais déjà le virus de l'écriture ! Vers 9 ans, j'ai décidé que plus tard, je serai écrivain. Pas pour la gloire ou l'argent (rarement au rendez-vous !) mais bien par amour de la chose écrite. Au lycée, je me suis lancée dans la rédaction d'un roman historique sur le haut Moyen-Âge. Mais alors que je m'efforçais d'être la plus rigoureuse possible, ma plume flirtait déjà avec le merveilleux."
C'est à 18 ans, en découvrant "le Seigneur des Anneaux", de Tolkien, que Nathalie Dau comprend que son genre littéraire s'appelle "la fantasy" : un terme anglo-saxon que l'on pourrait traduire par "littérature du merveilleux". "Ce fut une véritable révélation car j'avais enfin trouvé ce vers quoi mon écriture tendait depuis toujours. On pouvait donc parler de magie et d'êtres féeriques sans forcément s'adresser aux enfants. Pendant plusieurs mois, j'ai lu tous les romans de "fantasy" que j'ai pu trouver. Puis j'ai entrepris, en juillet 1987, l'écriture d'un cycle romanesque que je peaufine toujours, vingt ans après. Car construire un monde secondaire cohérent ne se fait pas du jour au lendemain."
16 h : corrections sur son recueil de nouvelles à paraître, "Contes Myalgiques 1 - Les Terres qui rêvent", suite aux annotations de ses directeurs littéraires. Ensuite, Nathalie Dau met à jour son site Internet, www.argemmios.com. Elle est en effet son propre webmaster. "Je suis aussi anthologiste : j'ai dirigé "L'Esprit des Bardes", qui regroupe des nouvelles de "fantasy" et de fantastique inspirées par les mythes celtiques. Je suis également chroniqueuse manga et BD pour un webzine, poétesse, parolière de chansons, correctrice professionnelle, jury de prix littéraire et membre du comité de lecture d'une jeune maison d'édition. Il m'arrive d'animer des ateliers d'écriture pour adultes. Je suis déjà intervenue bénévolement dans l'école de mon quartier, pour lire mon seul conte pour enfants à des classes de primaire, et j'y retournerai prochainement pour leur parler de la chaîne du livre. Et puis je suis en train de monter ma propre maison d'édition, une petite structure destinée à publier du merveilleux, bien sûr". Beaucoup d'activités pour une seule et même personne, malgré une fibromyalgie invalidante et trois enfants à élever !
10 h, le samedi 24 mars : au Salon du livre, Porte de Versailles, Nathalie Dau présente ses ouvrages au public sur le stand d'un de ses éditeurs, Nestiveqnen. "Ce n'est pas toujours facile d'être publiée... même quand on entretient d'excellentes relations avec ses éditeurs. Parfois, on me commande un texte sur un thème donné car on souhaite me voir figurer au sommaire, parce qu'on apprécie ma "plume". Mais cela reste une exception. Le plus souvent, je réponds aux appels à textes lancés par les éditeurs. Il y a risque de refus car seuls les meilleurs textes, les plus pertinents, sont retenus. Pari gagné avec ma nouvelle "Le Goût du Miel", à paraître dans l'anthologie "Ouvre-toi !" des éditions Griffe d'Encre". Pour les romans ou recueils de nouvelles, pas de passe-droit non plus. "J'envoie mes manuscrits à plusieurs maisons d'édition dans l'espoir d'être publiée. Au préalable, je soigne ma copie, grâce à mes "bêta lecteurs", des amis qui m'aident à vérifier que mes récits fonctionnent bien". Chez l'éditeur, le manuscrit est lu par un comité de lecture, constitué de personnes s'attachant à la forme, au fond, à l'originalité du texte. Les fiches de lecture sont remises au directeur littéraire, auquel revient la décision finale.
11 h 30 : Nathalie Dau dédicace ses livres à ses lecteurs. "Cela me fait plaisir de rencontrer mes lecteurs, de recueillir leurs impressions ou de les inviter dans mes univers. Certains deviennent des amis, à force." Les textes de Nathalie Dau peuvent toucher une grande variété de lecteurs car, même s'ils relèvent tous de la fantasy ou du fantastique, ils abordent des thèmes ancrés dans l'actualité, comme le combat pour l'égalité des sexes, la dénonciation des violences à enfants, le danger des apparences, l'écologie...
13 h : entrevue avec Lucie Chenu, l'anthologiste qui a fait appel à elle pour (Pro)Créations. "Dans le cas d'une anthologie (c'est-à-dire un recueil de nouvelles de différents auteurs) dite "fermée", c'est la personne dirigeant le recueil qui définit sa thématique et sollicite les auteurs qu'elle souhaite voir figurer au sommaire. Pour (Pro)Créations, le thème imposé était la naissance, l'enfantement. J'ai donc écrit et proposé à Lucie la nouvelle "Nouveau-Né", qui lui a convenu. Sans quoi j'étais bonne pour en écrire une autre !" Derrière le rire, une ombre se devine. "Devenir écrivain n'a rien d'aisé. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Les best sellers masquent une tragique réalité : des tirages de plus en plus réduits, des droits d'auteur qui s'en ressentent, des maisons d'édition qui ferment. Très peu d'écrivains parviennent à vivre de leur plume. Mais la passion l'emporte toujours sur la raison !", conclut Nathalie Dau.
Découvrez la bibliographie de Nathalie Dau sur www.argemmios.com
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Blog de martlet - 30 octobre 2007
propos recueillis par : martlet |
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Il y a quelques semaines, j'avais présenté sur ce blog une oeuvre du nom de Contes Myalgiques, un recueil de contes de la très prometteuse Nathalie Dau.
Aujourd'hui, Nathalie me fait le plaisir de satisfaire à ma curiosité maladive en répondant à mes nombreuses questions.
Cette discussion se veut un complément aux interviews disponibles sur son site Internet, que je vous encourage à découvrir si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur son univers.
M. : Parlons tout d'abord de Contes Myalgiques, ta dernière publication. Pourquoi avoir choisi ce titre assez étrange pour ton premier recueil ?
N.D. : En mars 1998, les médecins m’ont informée que mes douleurs et ma fatigue chroniques étaient causés par une maladie, alors peu connue : la fibromyalgie. Je suis donc fibromyalgique. Mais comme je suis plutôt douée en matière de jeux de mots à deux centimes d’euros, j’ai fini par décréter que j’avais, en réalité, la fibre magique. Ma façon de lutter, de refuser de subir passivement.
J’ai essayé divers traitements mais aucun n’a fonctionné. Il faut dire qu’au niveau des pathologies associées, j’ai tiré le gros lot : une intolérance aux médicaments. Cependant, lorsque j’écris, j’atteins un état de concentration assez particulier, un peu comme si je quittais mon corps. J’en oublie parfois de boire et de manger – ce que je paie ensuite, le moment de grâce passé. J’en oublie aussi, temporairement, la sensation de la douleur. Et plus tard, lorsque le fruit de ce travail rencontre un accueil favorable, la joie que j’en retire augmente naturellement mon taux d’endorphine, ce qui soulage aussi ma souffrance quotidienne.
A force de vivre avec cette souffrance, je l’ai quelque peu apprivoisée. Je l’observe, je l’étudie. Logiquement, elle est présente dans mon écriture. Tous les textes du recueil parlent de souffrance, physique ou morale (à ce niveau-là aussi, la vie m’a donné matière à parler d’expérience). Parfois, c’est elle qui l’emporte, parfois, elle est contrainte de rendre les armes. Et toujours, elle est transcendée par l’émerveillement ou l’effroi qu’elle suscite. La myalgie donne naissance à la magie, noire ou blanche. Telle est l’explication du titre.
M. : Dans Contes Myalgiques, tes histoires mélangent les univers fantasy, fantastiques ou féeriques, avec un soupçon d'épouvante. As-tu une fascination particulière pour ce type d'univers ? As-tu toi-même des ancêtres parmi le petit peuple ?
N.D. : Jeune adolescente, j’écrivais de la fantasy alors que j’ignorais que ce genre littéraire existait. J’essayais d’ailleurs de brider ma plume, car je tentais de construire, en ce temps-là, un roman historique des plus sérieux. Mais j’avais sans doute trop baigné dans les ouvrages mythologiques et les contes de fées. Et puis, vers dix-huit ou dix-neuf ans, j’ai découvert Tolkien, et cela a représenté, pour moi, une véritable libération.
Des ancêtres parmi le petit peuple ? Pas à ma connaissance. Même s’il est arrivé, à plusieurs reprises, que des inconnus m’abordent dans la rue, juste pour me dire qu’en me voyant, ils avaient eu le sentiment de contempler une fée… et ils s’en repartaient aussitôt, parce que ce n’était rien de plus qu’une impression fugace et le besoin de l’exprimer avant de reprendre la route. Il est aussi arrivé qu’on me traite de sorcière, à cause de ces intuitions que j’ai parfois et qui s’avèrent. Mais je ne contrôle rien du tout, et souvent il ne se passe rien pendant de longues périodes.
Pour en revenir au mélange d’univers présent dans mes histoires, je dirais que c’est la vie qui l’impose. Je ne vois pas le monde de façon manichéenne et je ne crois pas à l’utopie du bonheur (d’autant moins lorsque les média nous le présentent comme dépendant de la possession matérielle). J’ai plutôt tendance à considérer que les épreuves et les chagrins sont ce qui fait notre vraie force, si nous savons les surmonter et nous servir d’eux comme autant de marches d’escalier, afin de progresser. Vers quoi ? Vers une meilleure compréhension de soi-même et de l’autre, du monde auquel nous participons. Mieux comprendre pour moins nuire et mieux s’harmoniser. Tenter de dominer cette peur dévorante qui nous hante du berceau à la tombe. Tenter, oui. Pas facile, en ce qui me concerne, car je suis aussi une angoissée chronique. Mais aborder le mal de façon positive, refuser de se poser en victime, accepter ce qu’on est au lieu de nourrir des regrets, et faire avec… ça aide énormément.
M. : Le nom complet de ton recueil est « Contes Myalgiques I : Les Terres qui rêvent », je ne prends donc pas trop de risques en imaginant qu'une ou plusieurs suites sont prévues. Peux-tu trahir quelques secrets d'état et en parler brièvement ?
N.D. : Un second volume est prévu, en effet. Cinq textes sont achevés et retenus par l’éditeur, je travaille à compléter le sommaire. Ce second volume devrait être plus sombre que le premier (qui explorait surtout la dimension « contes », tandis que le suivant explorera la dimension « souffrance ») et comporter davantage d’histoires se situant à notre époque. Je sais très exactement quoi écrire, et plusieurs de mes textes sont bien avancés. La parution de ce second volume est prévue pour fin 2008.
M. : Contes Myalgiques est ton premier recueil de nouvelles, mais tu as aussi écrit un roman (Bleu Puzzle) sous le nom de Nathalie Letailleur. Quel est ton format d'expression préféré, nouvelle ou roman ?
N.D. : Je n’ai pas de préférence, je me sens à l’aise dans les deux exercices. J’ai d’ailleurs un second roman, Les Débris du Chaudron, qui doit bientôt paraître, aux éditions Argemmios : il s’agit d’une version révisée, enrichie, et illustrée, d’une novella que j’avais précédemment publiée dans l’anthologie Royaumes, éditions Fleuve Noir.
A propos de romans, je travaille depuis 20 ans maintenant à un vaste cycle de fantasy, qui me tient particulièrement à cœur, et se déroule sur un monde secondaire où de nombreux éléments, notamment le rapport à la mort, diffèrent de ce que nous connaissons. Lorsque j’y travaille, je m’immerge totalement dedans. Or, quand on a des enfants ainsi que d’autres activités professionnelles, une telle immersion n’est pas possible sur le long terme.
Je pratique également l’immersion pour les nouvelles, mais cela me pose moins de difficultés au quotidien, d’abord parce que ces textes-là restent sur Terre, donc me sont moins dépaysants, ensuite parce que la forme courte ne requiert pas autant de temps que la forme romanesque.
M. : Quelles sont les différences entre la Nathalie Letailleur de 1991 et la Nathalie Dau de 2007 ? Si vous pouviez-vous rencontrer, quels conseils donnerais-tu à ta cadette ?
N.D. : Ce sont davantage des différences d’ordre privé que d’ordre professionnel ou artistique. J’ai bien évidemment acquis davantage d’expérience et de maturité. Mon vécu s’est enrichi. Parfois, lorsque je regarde en arrière, j’ai le sentiment qu’il s’agit de deux personnes différentes. Entre 1991 et 1992, outre la publication de Bleu Puzzle, j’ai vécu divers évènements traumatisants qui ont bouleversé ma vie et ma façon d’envisager mon avenir. On pourrait penser que la Nathalie d’aujourd’hui révèlerait à sa cadette le moyen d’éviter ces événements, mais, en fait, je pense qu’ils étaient nécessaires. Sans eux, je ne serais pas devenue celle que je suis. Sans eux, je n’écrirais probablement pas sur les mêmes sujets, ni de la même manière. Je suis morte jadis, pour renaître à autre chose. Les regrets ne servent à rien, accuser la fatalité ne sert à rien. Il est bien plus constructif de faire avec, d’assumer, et de continuer à grimper les marches de cet escalier d’épreuves qu’est l’existence.
Alors je n’aurais aucun conseil à lui donner. De toute façon, les jeunes n’écoutent jamais la sagesse des anciens ;op
M. : Ton style d’écriture me parait assez unique dans le paysage fantastique français. J'aurais aimé savoir quels sont les écrivains que tu admires, tes influences ?
N.D. : Je suis loin d’être la seule « styliste » parmi les auteurs actuels ! Mélanie Fazi, Pierre-Alexandre Sicart, Charlotte Bousquet, Fabrice Anfosso, par exemple, ont une écriture ciselée, poétique, et une « respiration », avec lesquelles je me sens souvent en harmonie. Il m’est déjà arrivé de les lire et de penser : « Si j’avais dû écrire ceci, je l’aurais probablement fait de la même façon ». Les nouvelles de Léa Silhol m’ont touchée, aussi. Quant à Jean Millemann et Delphine Imbert, ils m’ont fait verser d’abondantes larmes !
Il existe tout un tas d’auteurs que j’admire mais que je connais encore trop peu au travers de leurs œuvres, par exemple Joëlle Wintrebert ou Francis Berthelot, mais ce sont des lacunes que je comble peu à peu, au fil de mes acquisitions et de mes lectures.
Parmi les francophones, j’apprécie aussi beaucoup des auteurs comme Philippe Ward et Sylvie Miller, Jess Kaan, Emmanuelle Maia, Sire Cédric, Céline Guillaume, Xavier Mauméjean, Karim Berrouka, Li-Cam… Pfff, il y en a trop, j’en oublie plein, surtout ne m’en veuillez pas, les amis !
Pour les anglo-saxons, j’ai vraiment accroché au Trône de Fer, de George Martin, et à l’Assassin Royal de Robin Hobb. Je reste fidèle à Marion Zimmer Bradley pour Ténébreuse et Les Dames du Lac, à Tanith Lee pour Le Dit de la Terre Plate, et à Ursula Le Guin pour Terremer.
Il y a aussi un roman français qui m’a bouleversée et dont je ne suis toujours pas remise : Parleur, d’Ayerdhal.
Mais ceux qui m’ont vraiment influencée sont Tolkien, grâce auquel j’ai découvert la Fantasy, Jean Giono, Alphonse Daudet et Marcel Pagnol, qui m’ont enseigné la tendresse de l’auteur pour ses personnages, ainsi que l’art de regarder le quotidien et la simplicité avec un œil émerveillé. Hoffmann et ses contes fantastiques. Andersen, Perrault et les frères Grimm. Saint Exupéry et Kipling. Les mythologies et folklores du monde. Et puis je puise beaucoup mon inspiration dans les travaux d’auteurs tels Claude Lecouteux, Georges Dumézil, Jean Markale, Jacques Bril…
M. : As-tu d'autres projets littéraires dans un futur proche ? Le Livre de l’Enigme, La Geste des Robes Bleues, mais qu'est-ce donc ?
N.D. : Comme expliqué plus haut, j’ai un second roman, Les Débris du Chaudron, illustré par Magali Villeneuve, qui doit sortir entre Halloween et Noël. J’ai également écrit un long article de 25000 signes sur les Lancedragon, pour le dossier Weis et Hickman du numéro 25 de la revue Faeries. Je participe, par le biais de deux articles, au Dictionnaire Encyclopédique des Littératures de l’Imaginaire, à paraître en 2009 aux éditions Atalante. Je suis au sommaire de plusieurs anthologies dont la parution est programmée pour 2008 (De Brocéliande en Avalon, dirigée par Lucie Chenu, aux éditions Terre de Brume, pour le printemps, et Le Crépuscule des Loups, dirigée par Charlotte Bousquet, anthologie pour laquelle nous attendons encore confirmation). Je finalise, avec Alexandre Dainche, un conte illustré pour enfants (niveau CE2-CM1). Et je travaille, avec Krystal Camprubi, à un ouvrage un peu particulier (dont je ne peux pas dire grand-chose en raison de la clause de confidentialité figurant sur mon contrat) prévu pour 2008. Sans oublier le second volume des Contes Myalgiques, dont nous avons déjà parlé.
Le Livre de l’Enigme et La Geste des Robes Bleues représentent probablement mon projet le plus personnel. Il s’agit d’un cycle de fantasy, en deux époques. J’y travaille depuis juillet 1987, mais pas de façon continue en raison de nombreux impératifs. Et puis j’ai été amenée à effectuer des remaniements majeurs au niveau de la construction, sur les conseils de Marion Mazauric. Le premier volume est en bonne voie d’achèvement, mais nécessitera de ma part que je me « pose », c’est-à-dire que je cesse de mener plusieurs projets de front, car ce cycle exige de moi une immersion totale, parfois incompatible avec mon quotidien, ainsi que je l’ai déjà expliqué.
M. : En plus d'écrivain, tu es également anthologiste (L'Esprit des Bardes). Que t'apporte ce travail sur le plan artistique ? Utilises-tu ton expérience dans ce domaine pour progresser dans tes propres écrits ?
N.D. : La direction d’anthologie est très enrichissante d’un point de vue personnel. J’apprécie les échanges constructifs. Quand on n’est pas soi-même l’auteur du texte, on bénéficie de l’indispensable recul, et l’on est plus à même de déceler les éventuelles ellipses ou incohérences narratives. Pourtant, je ne me serais pas lancée dans cette aventure si je n’avais pas été capable, au préalable, de regarder mes propres écrits d’un œil très critique. En tant qu’écrivain, je me considère à la fois comme une artiste et une artisane, et je n’hésiterai jamais à remettre cent fois mon ouvrage sur le métier, dans l’intérêt du texte. Cela ne m’empêche pas de contester, parfois, les corrections qu’on me suggère, surtout si ces corrections se situent au niveau du vocabulaire ou du style (j’ai ma voix propre, mes mélodies internes, et je me battrai toujours pour en préserver l’intégrité). En revanche, je reste toujours à l’écoute quand il s’agit de rendre le texte plus compréhensible pour le lecteur, et c’est dans cet esprit que je dirige mes auteurs lorsque j’enfile ma casquette d’anthologiste. Je crois que c’est un travail qui implique beaucoup de respect : celui de l’auteur, celui de l’histoire narrée, celui du futur lecteur. J’ai toujours ces notions à l’esprit, lorsque j’écris comme lorsque je lis.
M. : Que penses-tu du milieu de l'édition en France, plus précisément dans le domaine de la littérature de genre SFFF ? Il n'y a jamais eu autant de nouveaux auteurs publiés chaque année, ce qui est évidemment une bonne chose, mais c'est un phénomène qui rends très difficile de sortir de l'anonymat et de vivre du métier d’écrivain.
N.D. : Sortir de l’anonymat et vivre du métier d’écrivain est difficile, en France, quel que soit le genre littéraire. C’est effectivement d’autant plus difficile pour les auteurs de SFFF dans la mesure où les littératures de l’imaginaire sont marginalisées, dans notre pays. Pas tellement à cause du lectorat qu’à cause des médias et des leaders d’opinion. Diverses études ont été réalisées sur le sujet par des professionnels de la question, on en discute à longueur de temps sur les listes dédiées, les forums d’éditeurs, il m’est donc impossible de répondre de façon concise à ce qui mériterait une thèse.
Pour vivre de sa plume, une seule façon : être rémunéré pour ses interventions (ateliers d’écriture, rencontres avec le lectorat, participation à des débats…) et vendre suffisamment d’exemplaires de ses titres. Or l’édition de SFFF ouverte aux auteurs français est essentiellement constituée de petits éditeurs indépendants qui n’ont pas les moyens de faire du battage publicitaire à grande échelle, d’assumer les frais de déplacement et représentation de leurs auteurs, ni de payer les lourds tickets d’entrée exigés par la grande distribution. Du coup, les titres ont du mal à quitter le circuit de la librairie spécialisée, et vont toucher quasi exclusivement les passionnés du genre, les « purs et durs », qui sont malheureusement trop peu nombreux pour générer à terme, en matière de droits d’auteur, ne serait-ce que le minimum exigé par l’Agessa pour nous ouvrir droit aux prestations sociales (pour lesquelles, cependant, chaque auteur cotise sitôt qu’il publie un texte rémunéré).
Je ne pense donc pas que ce soit l’arrivée des nouveaux auteurs qui soit pénalisante pour sortir de l’anonymat et vivre de sa plume. D’autant que trop de voix se sont tues, ces derniers temps, les annonces de décès ont été nombreuses. De toute façon, il en va de l’écriture comme de tout : la vieille garde se sclérose si elle n’accepte pas l’arrivée du sang neuf.
M. : Nathalie Dau, Catherine Dufour, Léa Silhol, Mélanie Fazi, Charlotte Bousquet, M.H. Essling. C’est un petit extrait du palmarès du prix Merlin. Mais où sont les hommes ?!
N.D. : Jess Kaan (Merlin nouvelle 2003), Laurent Whale (Merlin nouvelle 2005), Philippe Ward (Merlin nouvelle 2004 pour son texte co-écrit avec Sylvie Miller)… et Sire Cédric cette année, en catégorie roman.
Il est vrai que, globalement, on trouve davantage d’hommes au palmarès du prix Rosny aîné.
Je crois pourtant qu’on ne peut pas en conclure grand-chose, et surtout pas que les femmes seraient davantage auteurs de fantasy/fantastique, tandis que les hommes seraient davantage auteurs de SF. Pour preuve : Catherine Dufour a été récompensée dans les deux catégories.
M. : J'ai appris que tu étais également parolière. Peux-tu nous en dire un peu plus sur cette activité ?
N.D. : Un conte de fées qui ne se termine pas très bien, pour faire simple. J’avais envoyé un de mes poèmes à la mère du chanteur Roland Karl (je l’avais rencontrée sur un forum et nous avions sympathisé). Le texte lui a plu, elle l’a transmis à son fils qui a aimé aussi, et le poème est devenu les couplets de la chanson Tu Vis ! tandis qu’Eddy Jouglet écrivait le refrain et composait la musique.
La chanson a été déposée à la Sacem, je suis bien créditée comme co-parolière. Roland a créé Tu Vis ! sur scène à Châlons-en-Champagne, le 27 août 2005, en ma présence. Depuis, il l’a interprétée à diverses reprises (au Hard Rock Café de Paris, lors de ses tournées d’été, lors de ses concerts en région rémoise…)
Mais il faut avoir écrit cinq chansons, dont une justifiant d’une exploitation commerciale, pour pouvoir devenir adhérent de la Sacem. J’ai écrit d’autres paroles de chansons, mais je n’ai pas en main les papiers exigés par le dossier d’adhésion. La Sacem sait très exactement quand ma chanson est jouée, puisque les organisateurs de spectacles et les artistes sur scène sont tenus de déclarer chaque titre interprété. Pourtant, administration oblige, on refuse d’effectuer un croisement des dossiers et l’on me demande de fournir ces fameux justificatifs que je n’ai jamais possédés (et ce n’est pourtant pas faute de les avoir demandés à Roland).
Tout se serait trouvé simplifié si la chanson avait été enregistrée sur CD et vendue, mais l’album de Roland est constamment repoussé, et ma chanson n’est même pas certaine d’y figurer. Donc la seule exploitation commerciale reste les concerts.
Ainsi, les quelques droits qui me sont dûs demeurent bloqués à la Sacem. Je doute parvenir à les récupérer un jour. J’aurais bien tenté de proposer mes autres chansons à des maisons de disques, mais c’est un milieu très fermé, je ne sais pas à qui m’adresser, et puis l’on m’a laissé entendre que je n’avais pas les bons « pistons »… alors on dira simplement que pour l’instant, ce n’est pas ma priorité.
M. : Par un procédé magique quelconque, tu as ramené de tes voyages trois petites lutines. A-t-on une chance de les voir emprunter le même chemin que leur maman ? Je suis sûr qu'elles montrent déjà un certain talent pour manipuler la réalité...
N.D. : Tu peux effectivement parler de magie, car avoir des enfants n’a pas été simple, pour moi. J’ai vécu plusieurs fausses couches, subi des opérations et des traitements, et mes grossesses ont été à risques (surtout la première). Mais finalement, mes filles sont là et je les adore toutes les trois, bien évidemment.
Cependant, elles sont trop jeunes pour qu’on puisse décréter quoi que ce soit au sujet de leur avenir professionnel. Elles ont de l’imagination, comme tous les enfants de leur âge, et l’expriment au travers de leurs dessins ou de leurs jeux, qui ne diffèrent en rien de ceux des autres fillettes que je croise à l’école. J’ai fait en sorte de ne pas étouffer en elles le sentiment du merveilleux, mais j’ai refusé de les influencer. J’ai toujours préféré leur donner une connaissance variée des choses, leur exposer les différents points de vue, pour qu’elles puissent se forger le leur au moyen de leur libre-arbitre.
Ainsi, ma fille aînée semble davantage portée vers les sciences naturelles et humaines, elle hésite entre médecine et archéologie, rechigne à lire des romans ou des contes, mais se régale avec des livres d’anatomie, la revue science et vie découverte, et des DVD comme l’Odyssée de l’Espèce. La seconde a une passion pour le dessin tout en se rêvant vétérinaire, et la plus jeune veut devenir boulangère. A quoi je réponds : « Si c’est ce que vous voulez, et si vous vous donnez les moyens d’y parvenir, il n’y a pas de raison que vous ne le puissiez pas. » En tout cas, je n’essaierai jamais de les inciter à devenir écrivain, ni à les pousser dans une voie plutôt que dans une autre. Tout ce que je demande, c’est qu’elles puissent devenir des adultes épanouies, sereines, et qu’elles comprennent que l’être est plus important que le paraître.
M. : Tu animes des ateliers d'écriture, tu vas présenter le métier d'écrivain dans des écoles... je me demande où tu trouve le temps pour des activités vraiment utiles, comme jouer à des MMORPG ou lire des mangas ?
N.D. : Je lis des mangas mais je les chronique, aussi, pour la Yozone.
Le temps consacré aux mmorpg, c’est celui que d’autres passent devant la télé, ou dans les salles de sport. Je joue avec mon compagnon, quelques heures par-ci par-là, pour me détendre. Je suis une « casual gamer », pas du tout une « hardcore ». La vie réelle et le travail sont prioritaires, bien évidemment.
D’un autre côté, ce sont mes multiples activités, dont les loisirs, qui nourrissent mon esprit et se trouvent, souvent, à la source de mes récits. J’ai par exemple écrit deux textes liés aux mmorpg : « Nouveau-Né », paru dans l’anthologie (Pro)Créations, éd. Glyphe, et « War Seed », paru dans le n°73 de la revue Lunatique.
Sinon, je précise tout de même que les ateliers d’écritures ne sont pas mon activité principale. Jusqu’à présent, j’en ai animé un pour le club Présences d’Esprits, ce qui m’a occupée l’espace d’un seul week-end. D’autres ateliers auront lieu en 2008 mais je n’ai pas encore les dates précises.
En milieu scolaire, je suis effectivement plus active, surtout cette année où j’anime bénévolement deux ateliers pour les classes primaires, le jeudi après-midi, dans l’école de mon quartier.
M. : J'ai appris, d'une source qui préfère rester anonyme, que tu as déjà été surprise en train d'écouter un album de "2 Unlimited". Peux-tu m'expliquer comment c'est arrivé, et combien de temps a duré la convalescence ?
N.D. : J’étais jeune, le titre No Limit était l’un des tubes de l’année, et ça me donnait l’énergie d’effectuer mon repassage, tâche fastidieuse entre toutes.
J’effectue toujours mon repassage en musique, mais ma play list a changé. On y trouvera essentiellement de la World Fusion (Dead can Dance, Loreena McKennitt), de la musique celtique, du rock plus ou moins hard, de la musique dite alternative, des chansons à textes… Dans mes oreilles et dans mon cœur, Guns N’Roses et Nirvana côtoient Alan Stivell, les Cranberries et Kate Bush aussi bien que certains titres de Jacques Brel ou La Petite Sorcière Malade de Julien Clerc.
Il m’arrive aussi d’écrire sous influence musicale. C’est assez récent, et cela constitue un ersatz au silence (lequel règne rarement à la maison). Par exemple, pour Aenor, j’ai écouté en boucle les six premiers morceaux de l’album Légende d’Alan Stivell. Pour Solamente, qui sera au sommaire des Contes Myalgiques II, j’ai écouté en boucle deux chansons de Sinead O’Connor (Feel so different, et I am stretched on your grave) ainsi que Don’t feer the reaper, par the Mutton Birds, et L’Aulne et la Mort, par Collection d’Arnell Andréa. Quant à Vale Frater, il a été écrit sous l’influence du morceau éponyme tiré de Flamma Flamma : le Requiem du Feu de Nicolas Lens.
M. : En 2002, tu as participé au collectif Auteur Sans Fascisme, pour lequel tu as écris Le Pavé, un texte que tu définis comme "short story/conte", ce qui m'a beaucoup amusé. Tu indiques sur ton site Internet que tu n'es pas politisée, mais une humaniste. J'aimerai savoir quel est le sens de ce terme pour toi, et quelle est l'influence de ce caractère humaniste dans tes écrits ?
N.D. : Je ne m’intéresse pas à la politique politicienne. Les partis, le poids des consignes et de la hiérarchie, les luttes d’influence et de pouvoir… j’abhorre tout ceci. Je n’ai pas participé à l’ASF pour suivre un mot d’ordre, mais parce que je me sentais concernée en tant qu’être humain par ce qui se passait, à ce moment-là, dans mon pays.
Être humaniste, pour moi, c’est se battre pour que les êtres humains conservent leur dignité et ne versent plus dans la monstruosité criminelle qui les tente trop souvent. Cela suppose donc, pour moi, le respect des autres êtres humains, quels qu’ils soient, mais aussi de tout notre écosystème. L’exploitation égoïste, la compétition à outrance, les excès, les préjugés xénophobes, l’oppression, l’ultra-matérialisme plaçant la productivité au sommet des valeurs, l’appétit de puissance et la course à l’argent sont les travers que je dénonce au fil de mes textes. Je revendique le droit à la contemplation et à la différence. Et je rêve d’un monde où liberté, égalité et fraternité ne seraient pas de vains mots gravés sur les frontons de nos édifices publics. Il faudrait qu’ils le soient dans le cœur de chacun, et surtout de nos élites !
M. : Tu as un blog, une page MySpace, un site pour ta maison d'édition, et un forum associé. Tu sembles être un auteur particulièrement présent sur Internet, alors que d'autres écrivains ignorent complètement ce média. Pourquoi un tel investissement ?
N.D. : Cela a commencé lorsque je vivais dans le sud-est de la France : une région sinistrée en matière de SFFF. Je l’avais quittée en 1986, pour monter à Paris finir mes études, et j’y suis retournée début 1997, suite à un licenciement. Je m’étais installée à la montagne, dans un tout petit village où j’espérais trouver le calme nécessaire à l’écriture de mes romans. Seulement je suis tombée enceinte presque tout de suite et, comme j’ai dû être hospitalisée plusieurs fois durant la grossesse, j’ai dû redescendre en bord de mer. Ma maladie s’est déclarée et j’ai découvert avec tristesse que je ne tolérais plus bien l’altitude. Durant les années qui ont suivi, la fibromyalgie plus le fait d’être mère de jeunes enfants m’ont quelque peu confinée à la maison. Je conservais cependant le besoin de contacts… et internet s’est vite révélé plus pratique que le téléphone. Je m’y suis vraiment mise en 2000, d’abord en fréquentant une liste dédiée, puis en créant mon premier site d’auteur. Grâce au net, j’ai rencontré des gens passionnants qui sont devenus des amis intimes. Cela m’a également permis de suivre les appels à textes et de m’impliquer peu à peu dans le fandom de SFFF francophone.
Mais il n’y a pas que ça. Comme je le disais tantôt, les éditeurs indépendants qui me publient n’ont pas les moyens de faire beaucoup de publicité ni de diffuser à vaste échelle. La présence sur le net permet de pallier un peu l’absence en grande surface. Les gens ont peur de l’inconnu. Pouvoir en apprendre plus grâce à un site de référence, ça les rassure, mine de rien. Le site d’auteur et la page MySpace ont surtout une vocation informative. Le forum, c’est un espace de rencontre et de communication, né de l’époque où je ne pouvais pas me rendre dans les salons et festivals. Le blog, c’est un espace de création et d’épanchement, pour des écrits qui ne pourraient pas être publiés ailleurs car ils ne racontent pas d’histoire, sinon celle de mes états d’âme. Quant au site de la maison d’édition, il sert de catalogue et de boutique en ligne.
M. : Un des objectifs de mon blog est de faire connaître des auteurs de talent peu médiatisés. Aurais-tu quelques noms à conseiller à tes lecteurs ?
N.D. : Lisez Fabrice Anfosso. Lisez Jean Millemann. Lisez Pierre-Alexandre Sicart. Lisez Jess Kaan. Lisez Li-Cam. Globalement, lisez les auteurs francophones publiés par les petits éditeurs indépendants : aucun n’est suffisamment connu, aucun n’est suffisamment médiatisé, pourtant ce qu’ils écrivent vaut vraiment le détour, mille fois plus que les clones anglophones de Tolkien, dont nous sommes pourtant submergés.
M. : Quelle question aurais-tu aimé que je te pose, si j'étais un bon interviewer ? Qu'aurais-tu répondu ?
N.D. : Sans vouloir te passer de pommade, je trouve tes questions vraiment intéressantes et j’espère que mes réponses auront été à la hauteur de tes attentes et de celles des lecteurs de ton blog. Mais pour conclure avec un brin d’humour, j’aurais aimé que tu me demandes si j’aimais les chiens… et je t’aurais répondu : « je préfère les chats ». ;op
M. : Un dernier mot pour tes lecteurs ?
N.D. : N’hésitez pas à m’écrire si vous avez envie de me poser des questions au sujet de mes textes, ou simplement me faire part de votre ressenti ! Via le forum argemmios, ou par mail privé, je vous répondrai toujours avec grand plaisir !
Encore une fois, merci Nathalie d'avoir accepté mon invitation, et bonne chance pour la suite de tes activités ;-)
On peut également lire cette interview et les commentaires qu'elle a suscités sur le blog de martlet.
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Chroniques de l'Imaginaire - 14 janvier 2008
propos recueillis par : Mérédith Blixen (Charlotte Bousquet) |
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Nathalie Dau, auteur de nombreuses nouvelles et d’un roman court, Bleu Puzzle (Tacussel, 1991 sous le pseudonyme Nathalie Letailleur), lauréate du prix Merlin 2006 pour sa nouvelle Le violon de la fée, anthologiste (L’esprit des bardes, Nestiveqnen 2003) est également parolière, poétesse et depuis peu, directrice de sa propre maison d’édition - Argemmios.
Ses Contes myalgiques viennent de paraître aux éditions Griffe d’encre et son prochain ouvrage, Les débris du chaudron, est prévu pour le 1 février 2008 chez Argemmios.
Pour diverses raisons, la parution des Débris du Chaudron a été reportée au printemps 2008.
C’est sur un banc d’Aubervilliers, que Nathalie a gentiment accepté de répondre à mes questions.
Mérédith Blixen : Nathalie, tu es probablement l’une des plumes les plus intéressantes et poétiques de l’imaginaire francophone contemporain… Peux-tu résumer pour les lecteurs des Chroniques de l’imaginaire ton parcours ? Quand as-tu commencé à écrire ? Quel était le thème de ton premier roman ?
Nathalie Dau : Ah ! D’entrée de jeu, on essaie de me transformer en super tomate ! C’est donc les joues brûlantes, mi-flattée mi-ne sachant plus où me mettre, que je vais tenter de répondre à tes questions.
J’ai commencé à écrire lorsque j’étais très jeune : en CE2, j’avais alors 7 ans puisque, enfant précoce, j’avais « sauté une classe » (ce qui n’a pas que des avantages). Vers 9-10 ans, je n’espérais déjà qu’un devenir, pour moi : écrivain. J’avais des milliers d’histoires dans la tête, des difficultés à les exprimer à l’oral, j’usais donc de l’écrit comme vecteur de mes émotions et réflexions intimes. Je lisais énormément, les livres étaient mon refuge, mon échappatoire. Mais j’avais aussi le besoin de construire de mes mains un abri personnalisé, d’où l’écriture.
J’ai d’abord été attirée par les contes, puis la poésie, puis le roman historique. Cependant, héritage probable des contes et des récits mythologiques que je dévorais, je ne pouvais empêcher la magie, le fabuleux de se glisser dans mes écrits. Vers 18-19 ans, j&rsqu | |