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Confidences
 

Parcours d'un(e) auteur(e)

Blue Soul

Lectures marquantes

Naissance des mages bleus

   

Parcours d'un(e) auteur(e)

 

27 août 1966.

 

C’était un samedi midi, en plein été sur la Côte d’Azur. Je suis venue au monde juste après l’apéritif et les antipasti, entre l’heure du repas et celle de la sieste, un jour de week-end, pendant les grandes vacances…

 

Franchement, j’avais en main tous les atouts pour devenir tranche de toast, plagiste, représentante chez Ricard ou autre emploi équivalent. Et puis non, me suis-je dit. On va éliminer d’entrée de jeu toutes ces carrières possibles en développant une peau fragile allergique au soleil, un foie pas franchement disposé à tolérer l’alcool, et un cerveau si avide d’apprendre que je ne songeais, quand arrivaient les vacances, qu’au jour béni de la prochaine rentrée des classes, avec la bonne odeur des cahiers et livres neufs.

âge : 5 mois

 

 

26 octobre 1967

mes premiers pas

 

 

âge : 2 ans

premier chat

 

 

été 1971

vacances à

Pont-Aven

avec mon frère

 

 

été 1973

le poussin Zouzou

 

 

St-Malo 1989

 

 

1/12/1997

devenue mère

 

 

été 2006

 

Les livres… Un merveilleux refuge ! Je me cachais dedans, derrière, m’immergeais totalement dans les histoires qu’ils me narraient. Lorsque mes parents se demandaient où je pouvais bien me trouver, ils recherchaient un livre, le secouaient un peu et pouf ! j’en tombais, légèrement ahurie par ce retour brutal dans le monde réel. Et à la première occasion, je replongeais. Avec infiniment plus d’entrain que dans l’eau de la plus azurée des piscines !

 

Evidemment, je manifestais déjà une très nette préférence pour les contes de fées et les récits mythologiques.

 

Ma grand-mère, douée pour raconter et inventer des histoires commençant par Il était une fois, m’avait formé le goût.

 

J’avais aussi la chance d’appartenir à une famille aimant les livres. Les étagères de la maison offraient des trésors inépuisables.

 

Et puis, en ce temps-là, il existait un magazine pour enfants absolument extraordinaire : Si tout m’était conté. J’en possédais quelques exemplaires que je chérissais plus que tout (hélas, je les ai perdus depuis, honte sur moi, il ne me reste plus que le n°4) et que je relisais sans cesse. Ah ! les aventures du Baron de Munchausen, Hiawata le petit indien, le folklore irlandais, les extraits de la Geste Arthurienne, les histoires d’Andersen et Perrault illustrées… J’étais tellement fan de cette revue que je me fabriquais des numéros spéciaux avec des dessins de ma main et des historiettes de mon cru. J’avais sept ans, les taches et ratures abondaient sur les feuilles Canson me servant de support, mais je m’amusais bien !

 

Il y avait aussi cette "urne à rédactions" mise en place par mon institutrice de l’époque. Et le concours informel de poèmes, l’année d’après. Nous étions quelques enfants stimulés par ces activités, et dont le stylo-plume travaillait avec application. Ce qu’éprouvaient les autres, je ne saurais le dire mais, pour ma part, j’ambitionnais déjà de devenir écrivain.

 

Kermesse de fin d’année. Une maman jouait les voyantes et les enfants défilaient, demandant s’ils auraient leur vélo ou leur maison de poupées pour Noël. Les jeunes adolescents s’interrogeaient déjà sur leur avenir sentimental. Quand mon tour est venu, j’ai tendu ma pièce tiédie par l’attente, j’ai regardé la dame droit dans les yeux et j’ai déclaré, du haut de mes 10 ans ou à peu près : "Est-ce que je serai écrivain quand je serai grande ?"

 

Je me souviens de son étonnement amusé. Elle a refermé mes doigts sur ma pièce, qu’elle n’a pas voulu encaisser, a regardé un instant dans mon autre main (la gauche, bien sûr) et m’a dit d’un ton pénétré : "Oui, tu le seras. Et tu écriras plein de très gros livres. "

 

Merci, madame Dumont. Merci pour ce bonheur que j’ai ressenti sur le coup, et pour cette prédiction qui, même si je ne lui accorde pas de valeur prophétique, m’a sûrement été d’un grand secours psychologique dans les moments de doute et de découragement.

 

C’est que devenir écrivain n’a rien d’aisé, surtout quand on porte en soi essentiellement des mondes imaginaires, des féeries, des bestiaires monstrueux, des chevaliers héroïques et surtout de puissants magiciens.

 

La Fantasy, en France, a longtemps souffert d’une image déplorable (sous-littérature pour adolescents attardés, disaient certains, genre typiquement anglo-saxon, affirmaient d’autres) et sa lutte pour une reconnaissance générale n’est pas encore gagnée.

 

J’ai donc connu mon parcours du combattant, avec quelques rencontres opportunes, quelques traversées du désert, quelques remises en question, beaucoup de travail acharné, et des coups de pouce du destin.

 

Une fois qu’on a commencé à publier vraiment, qu’on est un peu moins une parfaite inconnue, alors on commence à recevoir les appels à auteurs, on tente sa chance quand des thèmes d’anthologies inspirent… et on remercie le ciel d’avoir un compagnon ramenant un salaire à la maison, parce que ça ne permet vraiment pas de vivre, les droits d’auteurs d’une débutante !

 

Et puis on écrit, on écrit, on écrit. Pas d’autre moyen de progresser, de maîtriser les techniques du métier, de corriger ses petites erreurs. L’évolution est et doit être permanente. Vaincre l’incohérence narrative, limiter les descriptions à l’essentiel, chasser les ellipses, fluidifier le style, construire une histoire riche sans perdre le lecteur dans un fouillis d’informations, respecter l’unité de point de vue…

 

Et voilà, vous savez tout de ces défauts que j’ai dû apprendre à corriger au fil des textes.

 

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Blue Soul

 

Il est temps de répondre une fois pour toute à cette question qui tarabuste nombre de mes lecteurs : pourquoi cette obsession du bleu ?

Voile soulevé. Lorsque j'étais petite, je chérissais deux poupons aux boucles blondes. Deux poupons de celluloïd dont le torse, cependant, était fait de tissu rembourré.

L'un des poupons avait le torse rose et des yeux marrons.

L'autre poupon avait le torse bleu et les yeux tels deux billes d'azur.

Pour moi, tous deux étaient des petites filles, et ma préférence allait au poupon aux yeux bleus, parce que je possédais moi-même des yeux de cette couleur. (En réalité, ils sont pers, ce qui signifie que plus je prends de l'âge, plus leur teinte vire au gris-vert).

Or il advint qu' un jour, un adulte bien intentionné remarqua : "mais non, ma chérie, ce poupon-là ne peut pas être une petite fille : il a le torse bleu ! Le bleu, c'est la couleur des garçons. Les filles, elles, sont toujours en rose !"

Oui mais... je n'aimais pas trop le rose et j'adorais déjà le bleu. Que devais-je donc penser ? Dans ma petite cervelle de 3-4 ans, des questions saugrenues se mirent à fermenter. Je suis une fille mais j'aime le bleu. Alors suis-je bien une fille, ou un petit garçon ?

Déjà de caractère entêté, je décidai de continuer à traiter mon poupon bleu en poupon fille, avec en arrière-pensée un trouble sentiment de culpabilité vu que j'avais assimilé qu'il s'agissait d'un garçon.

Pour mes 6 ans, on m'offrit ma première poupée-mannequin en m'expliquant qu'elle se nommait Barbie. Bizarre, ce prénom. Je ne connaissais pas. Comme je demandais des précisions à mon entourage, ma grand-mère belge me répondit : "Barbie était un monsieur très méchant qui a fait mourir beaucoup de gens."

J'ai regardé ma poupée. Elle avait un short bleu avec un débardeur assorti (pas de jupe, et puis bleu... donc c'était bien un garçon !), mais aussi de longs cheveux blonds, des seins énormes, des lèvres pulpeuses et maquillées... Toutefois, ma mamie ayant dit que Barbie était un homme, il n'y avait pas à tergiverser.

J'étais de plus en plus troublée. L'affaire du poupon rebondissait en affaire Barbie, mille fois plus déconcertante ! Cependant, à 6 ans, je n'avais pas encore envie d'avoir des poupées garçons. Donc je mis des robes à cette Barbie, je lui attribuai un rôle de princesse, voire de dame élégante recevant ses amies autour d'un thé et de petits fours... tout en songeant que je trichais puisque c'était un garçon, n'est-ce pas ?

(En fait j'avais redécouvert le principe du drag queen mais, au début des années 70, le phénomène n'était guère médiatisé dans ma province).

Très longtemps après, je compris toute seule que Barbie était un diminutif de Barbara, et que la célèbre poupée_mannequin n'avait rien de commun avec l'affreux Klaus.

Mais le mal était fait : j'étais devenue une révoltée rejetant définitivement le rose et déniant aux garçons l'exclusivité du bleu.

Après, évidemment, quand on a une passion, on approfondit ses connaissances sur la question.

Bleu par-ci, bleu par-là, ce qui donna entre autres Bleu Puzzle et une certaine Geste des Robes Bleues.

Ultime complément à l'anecdote : âgée de 13 ans, en classe de troisième, j'eus pour sujet de rédaction : "écrire un poème, thème au choix". J'écrivis Bleu. "Bleu comme la mer qui vient frapper sur la jetée, Bleu comme le ciel où les oiseaux s'en vont voler..." J'obtins la meilleure note de la classe : 19/20. Plus de dix ans après, Michel Sardou chanta Rouge, dont le texte était construit exactement comme mon vieux poème d'adolescente. J'en fus un peu dépitée.

 

Mininath - ©Alexandre Dainche (dessin) et Magali Villeneuve (couleur)

 

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Lectures marquantes

 

Petite fille, je ne m’imaginais jamais autrement que sous les traits de la fée Clochette ou de Mowgli : Peter Pan et le Livre de la Jungle, version Disney, m’avaient marquée.

Dès que je fus en âge de lire, je me plongeai dans toute la littérature à ma portée susceptible de me procurer le même émerveillement. Outre les contes de fée, la Comtesse de Ségur et autres auteurs auxquels les fillettes de mon temps ne pouvaient guère échapper, je découvris le roman d’aventure, comme beaucoup d’enfants, avec Alexandre Dumas, Jack London et quelques Jules Verne. Tous livres ayant fait, auparavant, le bonheur de mes parents. Il faut dire qu’à ma naissance, papa et maman sortaient à peine de l’adolescence et, tous deux amoureux des livres, avaient pris soin de mettre de côté, pour la nouvelle génération que je représentais, les titres ayant bercé leurs jeunes années.

Je fus évidemment inscrite à la bibliothèque municipale. J’ai dû y emprunter cinq ou six fois chacun La Guerre du Feu (Rosny l’aîné), Le Roman de la Momie (Théophile Gautier), ainsi qu’un livre illustré racontant la fabuleuse histoire de Siegfried et autres personnages des Niebelungen.

Je dévorais les Contes et Légendes des éditions Nathan, particulièrement celui consacré aux mythes grecs. Je m’amusais même à faire de grands arbres généalogiques des dieux, demi-dieux, muses, nymphes et assimilés. A d’autres moments, je tremblais en lisant je ne sais plus quel roman arthurien commençant par une scène terrifiante : le diable imposant à une adolescente, pas assez pieuse pour être protégée par son ange gardien, de devenir la mère de son fils Merlin.

A neuf ans, je tombai amoureuse de La Panthère Noire, poème de Lecomte de Lisle :

« La reine de Java, la noire chasseresse,
Avec l’aube, revient au gîte où ses petits
Parmi les os luisants miaulent de détresse,
Les uns sous les autres blottis. »

 

A dix ans, je plongeai dans L’Illiade et L’Odyssée par amour d’Ulysse. En parallèle, je savourais les merveilleuses Lettres de mon Moulin, d’Alphonse Daudet, tous les Pagnol, du Giono et bien d'autres.

Peu après, je me jetai à corps perdu dans ce "mauvais genre" qu’est le polar, en enchaînant les romans d’Agatha Christie. Aujourd’hui encore, j’ai un faible pour Hercule Poirot.

Je lisais aussi de nombreux romans historiques se déroulant à diverses époques, comme La Dame aux Chevaliers (Anya Seton), Fanina (Pierre Sabbagh et Antoine Graziani) ou Angélique Marquise des Anges (Anne et Serge Golon) que je dévorais souvent en cachette, maman me trouvant trop jeune pour ces ouvrages. Quant à ma grand-mère, après Les Misérables de Victor Hugo, ou Boule de Suif de Maupassant, elle eut l’idée de me prêter quelques romans d’Exbrayat, et depuis je ne peux songer à Imogène McCarthery sans être saisie par un fou rire inextinguible.

A dix-huit ou dix-neuf ans, rencontre capitale : Tolkien et Le Seigneur des Anneaux. Puis ce furent Les Dames du Lac de Marion Zimmer Bradley.

J’étais désormais en âge d’acheter mes propres bouquins. Très vite, la part consacrée aux littératures de l’imaginaire l’emporta. En format poche, pour avoir plus de titres à lire pour le même prix. Je suis restée impressionnée par Lovecraft mais les pires cauchemars me vinrent suite à la lecture de : Les Chiens de Tindalos, de Frank Belknap Long. Je compensais par l’émerveillement et la magie : Lyonesse (Jack Vance), Le Dit de la Terre Plate (Tanith Lee), Elric le Nécromancien et Corum (Michaël Moorcock), Le cycle d’Ambre, L’Enfant tombé de Nulle part et Franc-Sorcier (Roger Zelazny), Ténébreuse (Marion Zimmer Bradley), Terremer (Ursula Le Guinn) ou encore Faërie, la Colline Magique (Raymond Feist), le cycle des Vampires et celui des sorcières Mayfair (Ann Rice), L’Heure du Loup (Robert McCammon), Harry Potter (J.K. Rowlings) et tant d’autres au fil des années !

En littérature plus générale, j’ai été éblouie particulièrement par De Gueule et de Sable (François Liensa alias Jean-François Nahmias), Fortune de France (Robert Merle), L'Homme qui devint Dieu (Gérald Messadié) et La Parfaite Lumière suivie de La Pierre et le Sabre (Eiji Yoshikawa). Cet auteur japonais m’a révélé toute la poésie, toute la beauté que pouvait contenir un simple titre de chapitre.

Je ne veux pas oublier la Bande Dessinée, dont j’ai été une grande consommatrice, ayant dû me restreindre à cause du coût trop élevé des albums en regard de mon budget. Mes favorites, conservées malgré mes divers revers de fortune, sont : Le Sortilège du Bois des Brumes (Bourgeon), Conan le Barbare (sous la plume de Bolton), Le Lama Blanc (Bess / Jodorowski), Camelot 3000 (comics), Thorgal (Rosinski / Van Hamme), Slaine McRoth (Mills / divers illustrateurs), Bran Ruz (Auclair / Deschamps), Vae Victis et Chroniques Barbares (Mitton), Astérix (Goscinny / Uderzo), Johan et Pirlouit (Peyo). Plus récemment, j’ai découvert le manga et le manhwa et je suis devenue fan (notamment de Psychometrer Eiji, GTO, Beck, Berserk, Hikaru no Go, le Nouvel Angyo Onshi, Black Cat et bien d’autres).

Dans cette rubrique, je veux rendre hommage aux personnages imaginaires, héros ou pas, dont je me suis éprise et auxquels mon Ceredawn doit quelque chose : Damon Ridenow (Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley), Raistlinn Majere (Les Lancedragon de Weis et Hickman), Elric de Menilboné (Moorcock), Gabriel Marpa (Le Lama Blanc, BD de Bess et Jodorowski), Diablo alias Nightcrawler (Le comics X-Men)... et peut-être les anges des crèches de mon enfance.

Sans oublier non plus de mentionner tout ce que mon inspiration doit aux mythologies et folklores, contes, légendes, chansons de geste médiévales, et aux travaux de Claude Lecouteux, Georges Dumézil, Mircéa Eliade, Robert Graves, Jacques Bril ou encore Jean Markale (pour cet auteur, j'ai surtout été marquée par : La Femme Celte).

Mes derniers coups de cœurs : Les 3 premiers volumes du cycle de Pendragon de Stephen Lawhead, Le Trône de Fer (et ses suites) de George R. Martin (mon chouchou parmi les nombreux personnages de cette saga est Tyrion Lannister), Le Faucon de Mai de Gillian Bradshaw, L'Assassin Royal de Robin Hobb et, au niveau francophone : Bienvenue à Fumeterre (Jean Millemann), Le Chant de Montségur (Philippe Ward / Sylvie Miller), Le Roi d’Août (Michel Pagel), Frère Aloysius et le Petit Prince (Philippe Monot), Leh'cim (Didier Quesne), Le Chemin des Fées (Fabrice Anfosso), Féerie pour les Ténèbres (Jérôme Noirez), Car je suis Légion (Xavier Mauméjean), les Chroniques d'Amarantha (Charlotte Bousquet), Les Compagnons d'HeLa (Manou Chintesco)...

Et la liste s’allonge chaque jour !

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Naissance des mages bleus

 

* 1985 : Sorcellerie et Hobbits.

Elève à l’IUT de Nice, en section Techniques de Commercialisation, j’ai droit à quelques cours d’informatique (programmation en basic).

Comme je me débrouille plutôt bien, travaillant vite et disposant, du coup, de plein de temps libre bloqué par les horaires fixes des cours, mon professeur m’autorise à consacrer ce temps libre à ma récente passion : le RPG Sorcellerie (sur apple 2c). De temps en temps, il vient même me donner des conseils et astuces… jusqu’au moment où il découvre le scandale du siècle : j’ignore ce qu’est un hobbit (race pourtant présente dans le jeu).

Du coup, j’ai consigne expresse de me procurer un mystérieux roman en 3 tomes : Le Seigneur des Anneaux, d’un certain JRR Tolkien. Le titre ne m’évoque rien, sauf peut-être l’anneau des Niebelungen. Je me rends à la Fnac la plus proche, Le Seigneur des Anneaux n’existe qu’en grand format (éditions Christian Bourgois). C’est un peu cher mais tant pis, la 4ème de couverture a su achever de me convaincre.

J’achète, je rentre chez moi, je commence la lecture, j’en oublie de dormir, je pleure à chaudes larmes quand Gandalf sombre avec le Balrog dans les profondeurs de la Moria, je trépigne dans mon lit quand il reparaît en lisière de Fangorn… Je suis conquise par le roman mais cela va plus loin encore, car je viens de découvrir un genre littéraire : la Fantasy. Et cela m’est d’autant plus précieux que, pareille à monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, j’écrivais déjà, et depuis toujours, de la Fantasy tout en l’ignorant.

A partir de cet instant, je sais que je n’ai plus à avoir honte des élans magiques et féeriques qui naissent tout naturellement sous ma plume. Je cesse de les censurer, d’essayer à tout prix de m’ancrer dans la réalité la plus précise possible. La fée follette qui voletait autour de moi peut enfin se reposer sur mon épaule : je n’essaierai plus jamais de la chasser.

 

 

* 1987 : Les auteurs sont des assassins !

Ma rencontre avec Tolkien me transforme en boulimique de littérature de l’imaginaire. J’achète tout ce qui me tombe sous la main : Howard, Burroughs, Fritz Leiber, Lovecraft, Zelazny… et surtout Moorcock.

A cette époque-là, je tombe littéralement sous le charme d’Elric. Sa mort me désespère au point de gâcher mon humeur des jours durant.

Puis je découvre la série Lancedragon de Weis et Hickmann. L’intrigue me séduit, les personnages sont attachants, je craque pour Raistlinn (encore un magicien, après Gandalf et Elric)… mais je m’énerve lors de cette lecture, à cause du style et des erreurs patentes de traduction. Et pis que tout, les auteurs font mourir mon héros favori.

Ç’en est trop ! J’en ai fini de subir, de lire passivement ! Sous l’effet de la colère et de la révolte, je bascule de nouveau dans le camp des maîtres d’œuvre. De nouveau car j'avais déjà pris la plume, dans mon enfance, pour écrire poèmes, contes et comptines, puis à l'adolescence pour un début de roman historique jamais achevé pour cause de bascule récurrente dans le merveilleux (ce qui, en ce temps-là, me semblait manquer de sérieux).

Je vais donc écrire une histoire. Mon histoire de Fantasy, dans laquelle je déciderai du destin des personnages. Et cette histoire sera celle que j’aimerais lire en tant qu’amateur du genre !

Genre dont je continue à découvrir les facettes et les titres au fil des mois et des années. Je serai particulièrement marquée par :

  • Marion Zimmer Bradley (Damon Ridenow dans La Tour Interdite, cycle de Ténébreuse),
  • Ann McCaffrey (Jaxom dans Le Dragon Blanc, cycle de la Ballade de Pern),
  • Tanith Lee (Jirem et Coquillage dans Le Maître de la Mort, cycle du Dit de la Terre Plate),
  • Franck Herbert (Paul Atreides dans Dune),
  • Raymond Feist (Faërie La Colline Magique),
  • Ursula Le Guinn (Terremer),
  • Ann Rice (Lestat dans le cycle des Vampires, Lasher dans celui des Sorcières Mayfair).

Tous ces auteurs influeront sur moi, d’une façon ou d’une autre, par la beauté de leur style, la richesse de leur univers, la profondeur de leur réflexion, l’originalité de leurs thèmes, la personnalité attachante de leurs héros, leur maîtrise de la construction.

 

 

* Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage.

Au début, je ne sais absolument pas où je vais.

J’écris sur des blocs à petits carreaux, une page sur deux à cause des ajouts, renvois et corrections. Lorsque cela devient illisible, je recopie tout sur de nouveaux blocs.

Je ne pense plus qu’à cela et j’ai beaucoup de mal à me concentrer sur la fin de mes études (maîtrise d’Information et Communication – CELSA).

Puis mes parents me prêtent un ordinateur, équipé d’un logiciel de traitement de textes, et tout va beaucoup mieux.

Depuis le temps des blocs, j’ai évolué, cerné mes personnages, saisi une ligne directrice. Mais je suis encore encombrée d’influences, de maladresses, d’incertitudes. J’envoie pourtant ma première version du Livre de l’Enigme aux éditions de l’Atalante. Le manuscrit est très logiquement refusé, mais le directeur littéraire se montre malgré tout encourageant, notamment au niveau de mes qualités stylistiques.

Je reprends tout : il faut que je me dégage davantage du "modèle Tolkien".

La vie se charge de m’enrichir d’expériences diverses, souvent douloureuses mais extrêmement formatrices. Vers 25-26 ans (en 1992), un drame personnel menace de me détruire. Heureusement, très entourée par ma famille, aidée par un psychologue, je parviens à m'en sortir. J’ai alors l’impression de naître pour de bon, au monde et à moi-même. Cette épreuve et celles qui suivront m’enseigneront la tolérance, le refus du manichéisme comme mode de pensée, le côté trompeur des apparences… et un peu plus d’humilité.

J’achève une nouvelle version du Livre de l’Enigme, que j’adresse aux éditions J’ai Lu en 1994.

En 1991, j’avais publié un premier roman, Bleu Puzzle, dont j’avais adressé un exemplaire, à titre d'hommage, à Jacques Sadoul, car j’avais adoré sa défense des littératures de l’imaginaire (lue, je crois, dans l’énorme anthologie publiée chez Ramsay). Son assistante, Marion Mazauric, m’avait ensuite fait compliment de ce premier roman, j’avais donc gardé ses coordonnées en tête. Lorsque j’adresse Le Livre de l’Enigme aux éditions J’ai Lu, Marion Mazauric est devenue directrice littéraire de la section SF.

Je vis dans l’attente d’une réponse durant des mois puis, n’y tenant plus, j’ose écrire pour mendier des nouvelles (j’ai appris depuis qu’il ne faut pas hésiter à se manifester nettement plus tôt et, si possible, par téléphone).

Là, c’est le bonheur. J’apprends que mon manuscrit a été retenu !

Mais il faut en retravailler la construction. Malheureusement, je ne vois pas par quel bout commencer, je suis perdue, j’ai besoin d’un guide… et Marion Mazauric, qui ne peut plus assumer ce rôle, pour diverses raisons, me conseille quelques lectures, puis de trouver un directeur littéraire plus disponible qu’elle.

Nous sommes en 1995. J’ai commencé à pratiquer le jeu de rôles depuis peu, au sein d’une association de passionnés. Plusieurs des membres de cette association me parlent d’un certain Stéphane Marsan (joueur lui aussi, ami de nombre d’entre eux), qui vient de créer sa maison d’édition : Mnémos. Il cherche des auteurs français. On nous met donc en relation. Je lui livre quelques pages en lecture. Emotion partagée, nous commençons à travailler ensemble sur Le Livre de l’Enigme, par petits bouts car je dispose de trop peu de temps — les contingences des emplois alimentaires.

 

 

* Le temps des premières nouvelles.

Je dois quitter Paris en 1997, pour des raisons professionnelles.

Ce déménagement, la naissance de ma première fille puis la fibromyalgie, maladie neuro-musculaire invalidante qui m’assaille soudain, m’obligent à mettre de côté mon écriture.

Il faudra du temps mais, au fil des mois, je retrouverai tout de même mes "sensations d’auteur".

En 1999, Stéphane Marsan me propose d’écrire une nouvelle pour l’anthologie Légendaires, et la machine repart. On pourrait même dire qu'il s'agit de nouveaux débuts, presque de premiers pas.

J’enchaîne avec une autre nouvelle, Les Débris du Chaudron, en 2000. Les corrections très pointues que mon directeur littéraire exécute sur mes textes m’aident à progresser en matière de construction et de maîtrise de l’ellipse.

 

 

* Internet ou l’Age Adulte.

Mais je n’ai qu’un avis, qu’un retour, qu’un feed back : celui de Stéphane Marsan.

Car je suis éloignée de tout, de tous. Naïve, ne connaissant rien du microcosme des littératures de l’imaginaire et n’ayant pas moyen de rencontrer mes lecteurs pour écouter leurs réactions.

Cette quasi dépendance finit par nuire à ma confiance en moi-même. Souvent, le doute m’envahit, et je ne dispose pas du recul nécessaire pour recevoir sans souffrir les critiques négatives.

Heureusement, Internet va m’ouvrir de nouveaux horizons, rompre ce sentiment d’isolement qui me déprime. De mailing lists en forums, je rencontre des gens passionnants, formidables, je me prends quelques claques éminemment formatrices mais je vois naître également des amitiés sincères et constructives, et noue des relations professionnelles très enrichissantes.

J’apprends, de tous et de tout, un peu plus chaque jour. Je déploie mes ailes, gagne en assurance, tente des expériences littéraires, explore de nouvelles directions…

J’écris de plus en plus de nouvelles, constate qu’on me demande de moins en moins souvent de les reprendre, de les retravailler. On dirait que j’ai "pigé le truc". J’ose même me lancer dans la direction d’anthologie, la correction professionnelle… et ça marche !

Tandis que je m'applique à peaufiner mon écriture, Stéphane Marsan quitte Mnémos et fonde Bragelonne. Dans les premiers temps, je fais toujours partie de son "écurie" mais, très vite, nous divergeons pour des raisons de ligne éditoriale et de niveau de style.

Je doute et, durant un temps, j'envisage même d'arrêter l'écriture car je me sens en décalage avec ce qui m'est présenté comme les impératifs de l'époque et les attentes du lectorat. Et c'est Jean Millemann qui viendra me sortir de cette phase de déprime temporaire, qui saura me convaincre de ma valeur, qui m'interdira de baisser les bras et qui me flanquera quelques coups de pieds au cul qui me feront le plus grand bien.

Jean permettra ma rencontre avec les éditions Nestiveqnen. Effectivement, je me retrouve davantage dans leur ligne éditoriale. De nombreuses conversations avec Chrystelle Camus me confirment que nous sommes sur la même longueur d'ondes en matière d'écriture et d'exigence. Et l'on me fait gentiment une petite place, texte après texte. Même si je n'ai pas encore de roman à proposer.

 

 

* Le déclic salutaire.

Eté 2003, je découvre Le Cycle de Pendragon de Stephen Lawhead.

La narration à la première personne m’apparaît brusquement comme la solution pour narrer l’enfance de mon personnage principal et présenter le monde dans lequel il vit, les préjugés qu’il rencontre, à travers le point de vue de son frère aîné.

Je m’attaque aussitôt à la rédaction de cette préquelle — indispensable, j'en ai bien pris consicence, car nettement plus accessible que l'abus de flash back.

Et tout se met en place. J’écris sans discontinuer, évacuant enfin elfes et nains. Je me centre sur l’essentiel, ce qui m’est spécifique. Je malaxe l’ancienne matière du Livre de l'Enigme pour en extraire un gros roman en deux volumes. Je mets le point final au premier de ces deux volumes début août 2004, et dépose un manuscrit de 750000 signes (et des brouettes) entre les mains de Chrystelle Camus (éditions Nestiveqnen).

Comme les délais de lecture sont très longs (1 à 2 ans), je donne aussi mon manuscrit à lire à quelques amis très critiques : mes beta-lecteurs (comme on dit beta-testeurs pour les logiciels). Leurs retours me font prendre conscience qu'il me faut approfondir certains éléments du roman, développer toute une partie que j'avais souhaité ne faire apparaître qu'en filigrane, mais qui se révèle plus importante que prévu : les années d'études au Séminaire.

Entre temps, je lis L'Assassin Royal de Robin Hobb, qui m'apprend également beaucoup sur la narration à la première personne.

Chrystelle Camus m'adresse, début 2006, un premier retour de lecture. Je comprends qu'il me faut supprimer mon prologue, qui empêche le lecteur d'entrer directement dans l'histoire, dans l'émotion. Elle aussi me convainc de développer la fameuse partie concernant le Séminaire. Ce qui m'amène, une nouvelle fois, à revoir mon découpage.

Depuis, je travaille à tenter d'obtenir un texte non pas achevé, mais abouti.

 

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